Le bataillon Français de l'ONU en Corée. 1950-1953.  French Battalion in the Korean War  Index du Forum

Le bataillon Français de l'ONU en Corée. 1950-1953. French Battalion in the Korean War
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La guerre de Corée(3):Le périmètre de Pusan(5e Partie) Le front de Taegu

 
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Ltc Taplett
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MessagePosté le: Jeu 4 Oct - 18:12 (2007)    Sujet du message: La guerre de Corée(3):Le périmètre de Pusan(5e Partie) Le front de Taegu Répondre en citant

LA GUERRE DE COREE
III- Le périmètre de Pusan (5e partie) : LE FRONT DE TAEGU
1- L’APC franchit le Naktong
 L’un des problèmes majeurs auxquels le général Walker fut confronté durant les mois d’août et septembre 1950 fut celui de la gestion des forces en réserves. C’est au colonel Landrum, chef d’état-major en août, qu’échut la tâche quotidienne de trouver des unités à mettre en réserve, sachant qu’elles avaient peu de chance d’y rester plus de 24 ou 48h. Walker devait ensuite jongler avec ses effectifs en usant d’un parfait timing pour intervenir où que ce soit le long du périmètre de Pusan.
 Le front central, ou front de Taegu présenta une large palette de problèmes nécessitant l’envoi de faibles réserves rapidement assemblées en un autre point du périmètre. De nombreux couloirs d’approche Nord-Sud convergeaient vers le secteur de Taegu. Les Nord-Coréens s’y rassemblèrent en relativement grande force, les unités se trouvant à peu de distance les unes des autres et donc avec la possibilité de se soutenir mutuellement.
 La pression que mena l’APC sur le front central se développa concomitamment avec celles qu’elle mit sur les flancs ouest et est qui ont été vus précédemment.
  Les forces nord-coréennes du 2e Corps du Lt-général Kim Mu Chong, regroupées en arc de cercle autour de Taegu étaient (du sud au nord) les 10e, 3e, 15e, 13e et 1ère DI ainsi que certains éléments de la 105e DB. Elles s’étendaient de Tuksong-Dong à Waegwan et Kunwi. Cette concentration au nord et à l’ouest de la ville indiquait que l’APC comptait utiliser le couloir naturel de la vallée du Naktong de Sangju à Taegu comme axe d’attaque principal lors de leur prochaine poussée vers le Sud.
 De l’autre côté du fleuve se trouvaient, du sud au nord, la 1ère Division de Cavalerie (DivCav) US (7e, 8e, 5e régiments, dans cet ordre) et les 1ère et 6e DI de l’ARC (2e Corps d’Armée). La jonction entre les Américains et les Sud-Coréens se faisait à environ 3km au nord de Waegwan et à 16km à l’ouest de Taegu à vol d’oiseau.
 La 10e DI et une partie de la 3e DI de l’APC se trouvaient face à la 1e DivCav. Le reste des unités nord-coréennes faisait face aux 1e et 6e DI de l’ARC.
 Tout comme la 24e DI plus au sud, la 1e DivCav devait tenir un très long front. Le 8e RI avait 10km à couvrir, quand le 5e RI en avait 14. Pour pouvoir apporter un soutien tous azimuts, l’artillerie avait placé ses batteries de 6 à 7km en arrière, chacune espacée d’à peu près la même distance. Chaque batterie pointait ses canons dans 2 directions différentes, un système de permutation leur permettant de se regrouper en cas de besoin. Dans certains cas 2 batteries pouvaient masser leurs tirs mais un bataillon complet en était incapable du fait de la distance existante entre les flancs du secteur. Les artilleurs tentèrent de compenser la faiblesse de la quantité de batteries par l’augmentation du nombre de tirs. En un cas particulier 10 canons de 105mm tirèrent 120 coups en 70 secondes, soit une moyenne d’un tir toute les six seconde par canon.

Carte du front de Taegu
 Au nord, la 1e DI traversa le Naktong entre le 6 et le 8 août, entre Hamchang et Sangju, dans le secteur de la 6e DI de l’ARC. Le 6 août, des reconnaissances aériennes observèrent 10 barges traversant le fleuve. Bien que renforcée de 2500 « bleus », la 1e DI n’était toujours qu’à la moitié de ses effectifs théoriques. De nombreux renforts n’avaient pas d’armes et étaient utilisés à l’arrière pour diverses tâches. La division, au moment d’envahir Kunwi, s’opposa à la farouche résistance de la 6e DI et ne put s’approcher de la ville (à 40km de Taegu) que le 17 août. Elle subit alors de nouvelles pertes avant de s’engager vers Tabu-Dong.
 Plus au sud la 13e DI avait commencé à traverser le fleuve dans la nuit du 4 au 5 août. Le 5, la majeure partie de son 21e régiment le franchit à Naktong-Ni, à 65km au N-O de Taegu, sur la route de Sangju. Après avoir été repérés, les Nord-Coréens furent soumis à des attaques aériennes et au pilonnage de l’artillerie et des mortiers de l’ARC sans que le nombre de leurs pertes ait put être évalué. Les hommes du 19e RI traversèrent au même endroit durant la nuit, dans l’eau jusqu’au cou, les armes au dessus de la tête. L’équipement lourd et les véhicules furent laissés sur l’autre rive. Dans la nuit du 6 au 7 c’est le 23e régiment et 2 bataillons d’artillerie qui franchirent à leur tour le cours d’eau, sur des radeaux. La traversée avait eu lieu dans le secteur de la 1e DI de l’ARC mais à plusieurs km de ses positions de combat.
 L’ARC attaqua la 13e DI dès qu’elle eût franchi le fleuve, la repoussant dans les montagnes. De là la division se regroupa sur le flanc est et lança une violente contre-attaque qui brisa les défenses sud-coréennes et l’amena à 32km au S-E de Naktong-Ni sur la route principale menant à Taegu. Une semaine après avoir traversé le Naktong la 13e et la 1e DI convergeaient vers le secteur de Tabu-Dong, à 24km au nord de Taegu.
 La prochaine division en ligne, la 15e, reçut environ 1500 renforts à Kumchon le 5 août, ce qui l’amena à une force de 6500 hommes. Le lendemain son 45e régiment partit en direction du N-E vers le Naktong. Le régiment traversa Sonsan le 7 août puis le fleuve au S-E de la ville, mitraillé par quelques avions des forces onusiennes. Il partit ensuite en direction des montagnes, tout d’abord sans opposition. Les 2 autres régiments de la division, les 48e et 50e partirent un peu plus tard et traversèrent le fleuve entre Indong et Waegwan à l’aube du 8 août. Les hommes traversèrent à pied dans 1m30 d’eau, les blindés et les véhicules sur un pont sous-marin (i.e. légèrement en dessous du niveau de l’eau pour éviter d’être repéré par l’aviation). La division prit les côtes 201 et 346 à l’est du fleuve avant de s’engager vers Tabu-Dong, à 11km à vol d’oiseau.
Le pont sous-marin fut peu après repéré et soumis aux bombes de 300kg de l’Air Force sans que les résultats puissent en être appréciés.
 Le lendemain la 1e DI de l’ARC reporta avoir reconquis les hauteurs surplombant le point de passage de l’ennemi sans pour autant avoir détruit ou repoussé ce dernier. Celui-ci s’était simplement enfoncé plus avant dans les montagnes à l’est. Entre le 12 et le 16 août la 15e DI se regroupa aux alentours de Yuhak-San, une hauteur de 933m située à 8km à l’est du point de passage de la division et à 5km au N-O de Tabu-Dong. La 13e DI était quant à elle déjà engagée contre la 1e DI de l’ARC à Yuhak-San même.
 Plus au sud 2 divisions s’apprêtaient à traverser le fleuve en une attaque coordonnée avec celle de leurs sœurs. La 3e DI était concentrée aux alentours de Songju, à 6,5km au S-O de Waegwan. Seize km plus au sud encore la 10e DI était regroupée dans le secteur de Koryŏng. Chacune de ces divisions se trouvait en face de la 1e DivCav.
 Le 7e RI de la 3e DI commença à traverser le Naktong à 3h00 le 9 août à un passage de ferry près de Nochon, à 3km du pont de Waegwan. A cet endroit le fond était sablonneux mais ferme et l’eau montait à jusqu’à 1m50. Les hommes traversèrent donc à pied. Dès qu’ils les repéra le 5e RI les engagea à la mitrailleuse et lança un tir d’artillerie préétabli à cet endroit. Bien qu’il subît des pertes, le gros du régiment parvint sur l’autre rive et s’enfonça dans les collines.
 Une ½ heure après cette traversée les 8e et 9e RI s’engagèrent eux aussi, un peu plus au sud. A cet instant tout le 5e de cavalerie était sur le pied de guerre. Les fusées éclairantes surprirent les Nord-Coréens au milieu du fleuve. Le 5e RI fit feu de tout bois, l’artillerie ayant un rôle prépondérant, et décima les 2 régiments ennemis qui durent refluer sur la rive ouest. Un petit nombre d’hommes seulement parvint sur la rive est. Ces derniers se cachèrent avant d’être capturés ou de tenter la traversée en sens inverse le lendemain soir.
2- Triangulation Hill
A l’aube du 9 août le général Gay, en charge de la 1e DivCav apprit le franchissement du fleuve par l’ennemi à son PC de Taegu. Les premiers rapports étant plutôt vagues, il décida d’attendre d’en apprendre un peu plus avant d’agir. Il fut alors informé que le lt Buckley du 2e bureau du 5e RI avait été témoin des évènements et le fit appeler. En attendant son arrivée il plaça le 1/7 en réserve, prêt à être engagé en une heure. Buckley confirma qu’une force qu’il estimait à 750 hommes avait traversé le fleuve devant ses yeux et s’était dirigée vers la côte 268.
A 9h30 Gay ordonna au ltc Peter D. Clainos, commandant du 1/7e Cav. de réduire la pénétration ennemie. Le bataillon se mit immédiatement en marche, accompagné de 5 tanks de la Cie A du 71e bataillon blindé lourd. La troupe arriva au pied de la côte 268, aussi connue sous le nom de « triangulation hill », 5 km au S-E de Waegwan et à 16km à vol d’oiseau au N-O de Taegu. Pendant ce temps le 61e d’AdC avait copieusement bombardé la colline, essentielle du fait de sa proximité des lignes de communication : La route Nord-Sud qui traversait la Corée depuis la nuit des temps et la double voie ferrée Pusan-Seoul-Harbin (Mandchourie).
A midi une nouvelle préparation d’artillerie débuta et le bataillon se mit en route avec pour objectif final la côte 154 au S-O. Les pentes de la colline étaient couvertes d’épaisses broussailles d’environ 1m20 et d’arbustes hauts de 2m50 à 3m. La chaleur était étouffante, de nombreux soldats souffrirent d’épuisement au cours d’un assaut mal coordonné avec l’artillerie. Les GIs furent repoussés.

Triangulation Hill
Le lendemain des bombardements aériens et une intense préparation d’artillerie se déchaînèrent sur la côte 268. Selon des prisonniers les pertes furent très importantes et les bombardements générèrent un incroyable chaos au sein du régiment. Dans la matinée l’assistant du commandant de la division, le chef d’état-major, le chef du 2e bureau et plusieurs MPs furent pris en embuscade et quasiment tous blessés sur la route de Waegwan, près de Triangulation Hill. Dans l’après-midi Gay vint rencontrer le responsable des opérations du bataillon et quelques hommes. Un obus de mortier ennemi frappa le groupe tuant ou blessant tout le monde sauf Gay et son aide de camp. Gay ordonna alors aux 5 blindés présents de progresser le long de la route jusqu’à ce qu’ils puissent atteindre la contre-pente de la colline. Le feu des blindés surprit les Nord-Coréens alors qu’ils tentaient de se mettre à l’abri du bombardement d’artillerie. Pris entre 2 feux ils commencèrent à abandonner leurs positions. L’infanterie se mit alors en route et prit la colline sans difficultés à 16h00. L’artillerie et les mortiers américains changèrent d’objectif et se mirent à couper la retraite de l’ennemi. Un tir parfaitement dirigé d’obus au phosphore blanc du 61e d’AdC assomma les Nord-Coréens dans un village où furent retrouvés 200 cadavres.
Dans la soirée le 1/7 Cav fut transféré en réserve et des éléments du 5e de Cavalerie se chargèrent de nettoyer la côte 268 et ses environs.
Lorsque la colline fut examinée le 13 août il fut conclu que le 7e RI de la 3e DI de l’APC avait été à peu près complètement détruit. Le 1/7e Cav avait recensé entre 300 et 400 morts dans son secteur pour des pertes s’élevant à 14 tués et 48 blessés en 2 jours de combat.
Les prisonniers capturés le 10 août confirmèrent qu’environ 1000 hommes avaient traversé le fleuve et que 700 d’entre eux étaient soit morts soit blessés. Aucun ravitaillement en vivres ou en munitions n’avait eu lieu depuis qu’ils étaient passés sur la rive droite du Naktong. Il est estimé que 300 hommes environ retraversèrent le fleuve dans la nuit du 10 au 11 août.
La tentative de franchissement du Naktong par la 3e DI s’était transformée en déroute. Lorsque les 300 survivants rejoignirent la division vers le 12 août celle-ci n’était plus qu’une force désorganisée de 2500 hommes. Elle fut alors placée en réserve pour être réorganisée. La bataille de Taegu se passerait désormais sans elle.
3- Echec nord-coréen à Yongp'o
 Le plan d’attaque nord-coréen prévoyait que les 3e et 10e DI devaient mener une action coordonnée. La 10e DI n’avait pas encore subi l’épreuve du feu. Elle était partie en train de Sukch’on le 25 juillet avant de continuer vers le sud à pied à partir de Ch’ŏnan. Elle se trouvait au bord du Naktong, en face de Waegwan, le 8 août. Elle reçut son ordre de mission 2 jours plus tard : Traverser le fleuve aux environs de Tuksong-Dong, s’enfoncer vers l’Est et couper l’axe de ravitaillement Taegu-Pusan. La division se regroupa autour de Koryŏng le 11 août, prête à franchir le Naktong sur un pont partiellement détruit.
 La 8e Armée avait sciemment laissé ce pont en partie intact. Il pouvait permettre le passage de l’infanterie mais celui de véhicules. Le pont et sas abords avaient été balisés par l’artillerie et plusieurs mitrailleuses bien positionnées dans les collines environnantes en balayaient l’accès.
 Le 2/29 traversa le Naktong dans la nuit du 11 au 12 à 3 passages de bacs situés entre 5 et 8 km à l’ouest d’Hyongp’ung sans rencontrer la moindre opposition. Il installa ses mitrailleuses sur la côte 265, au nord de la côte 409. Les autres bataillons traversèrent le fleuve à leur tour et se positionnèrent sur la côte 409 même, perdant toutefois entre 20 et 30 hommes, noyés du fait du fort courant du fleuve. Ce sont ces troupes qui au matin attaqueront en embuscade une patrouille de reconnaissance du 21e RI qui tentait de prendre contact avec le 7e Cav dans le cadre de la bataille du saillant du Naktong (Cf. 3e Partie, 2e article).
 Plus au nord, le 25e RI commença à traverser le fleuve vers 3h00, dans le voisinage du pont partiellement détruit. A l’aube, entre 300 et 400 hommes avaient pénétré dans Wich’on-Dong où la Cie H du 2/7e Cav les engagèrent à courte portée. Les Nord-Coréens prirent les postes avancés et débordèrent le poste d’observation des mortiers et les positions des mitrailleuses lourdes. Il semble que l’objectif des communistes était de prendre possession des hauteurs situées à l’Est de Yongp’o pour pouvoir couvrir le reste de la traversée à venir. A 9h00 le 2/7e Cav, puissamment aidé par le 77e bataillon d’AdC et quelques attaques aériennes, avait repoussé l’ennemi jusqu’au pont où il s’était dispersé.
 Entre le 10 et le 12 août le niveau du fleuve baissa d’un mètre environ pour arriver à hauteur d’épaules. Rien n’indiquait donc que l’échec du 25e RI était définitif. De fait, une tentative nettement plus déterminée eut lieu entre Tksing-Dong et Yongp’o à l’aube du 14 août. Les hommes des avant-postes du 2/7e Cav entendirent des voix en provenance des rizières situées en face d’eux vers 5h20. A 6h20 environ 500 hommes étaient reportés avoir pénétré le périmètre au moins jusqu’à Yongp’o. Quinze minutes plus tard les positions américaines de Wich’on-Dong, à 1,5km du point de passage, étaient attaqués.
 Lorsque le général Gay apprit la pénétration ennemie un peu avant l’aube, il fit appel à sa réserve, le 1/7e Cav du colonel Clainos. Celui-ci devait être prêt dans l’heure. A 8h00 les camions se mirent en route en direction de Yongp’o.
 La traversée nord-coréenne était soutenue par l’artillerie et les blindés. En milieu de matinée de nombreux renforts s’apprêtaient à rejoindre leurs camarades fortement engagés à l’est du fleuve. Certaines sections traversaient à côté du pont sur de petites barges. Le 77e d’AdC se déchaîna et tira 1860 coups en un temps record, au point que cela finît par endommager les canons. L’Air Force ne fut pas en reste et bombarda activement la rive ouest.
 L’ennemi alla aussi loin que Samuni-Dong, environ 2.5km après le pont. A partir de ce point la combinaison des mitrailleuses, des mortiers et de l’artillerie le fit refluer vers le Naktong. A midi de nombreux hommes tentaient de le franchir mais en direction de l’ouest cette fois. Les observateurs avancés firent régler les tirs d’artillerie sur cette concentration humaine qui subit de très fortes pertes.
 Au crépuscule la tête de pont ennemie n’existait plus. Le 7e Cav estime à 1500 les tués ennemis. Selon les prisonniers la division aurait subit environ 2500 pertes au sens large, certaines unités perdant jusqu’à 50% de leur effectif. A titre de comparaison, pour 150 tués en face de ses positions, la Cie G du 2/7e Cav comptait 2 tués et 3 blessés.
4- Tragédie sur la côte 303
 Quasi simultanément à la tentative de percée nord-coréenne dans le secteur sud de la 1st CavDiv à Tuksong-Dong et Yongp’o, une autre eut lieu dans le secteur nord, au dessus de Waegwan, à la limite avec la ligne de la 1ère division de l’ARC. L’unité américaine la plus au nord se trouvait être la Cie G du 5e régiment. Elle tenait la côte 303.
 La côte 303 est un long ovale de plus de 3km sur un axe NE-SO dont le point culminant est à environ 300m. Sa pente sud descend jusqu’à Waegwan, sa crête, 1700m plus loin permet l’observation de la ville tout autant que celle du résau routier et des voies de chemin de fer qui en partent. Cette éminence est critique pour le contrôle de l’axe Seoul-Pusan qui traverse le fleuve et celui de Waegwan même.
 Depuis plusieurs jours les rapports multipliaient les concentrations ennemies face à la 1ère DI de l’ARC. Aux premières heures du 14 août un régiment ennemi traversa le fleuve à 10km au nord de Waegwan à l’aide d’un pont « sous-marin », dans le secteur de la 1ère DI. Peu après minuit les forces sud-coréennes situées à la lisière des lignes américaines étaient attaquées. A l’aube des bombardements aériens détruisirent partiellement le pont. L’attaque nord-coréenne se poursuivit néanmoins en direction du sud. Vers midi la Cie G était à son tour attaquée mais sans mordant
 Avant l’aube du 15 août les hommes de la côte 303 repérèrent une cinquantaine d’hommes et 2 blindés se déplaçant hardiment sur la route située à la base de leurs positions. Ils virent aussi une autre colonne sur leurs arrières. Peu de temps après ils apprirent que la Cie F étaient engagée. Afin d’éviter d’être encerclée cette dernière battit en retraite vers le sud. A 8h30 la Cie G et une section de mortiers de la H étaient encerclés. Une colonne de secours composée de B/5e Cav et une section de tanks tentèrent de se porter à leur rescousse mais sans succès.
 Le 16 août la force de secours renouvela sa tentative, toujours sans succès. Les forces ennemies étaient alors estimées à environ 700 hommes. Le 61e d’AdC et 3 obusiers de la batterie B du 82e bombardèrent l’ennemi la journée durant. Waegwan était devenu un no man’s land, la majeure partie de la ville étant désormais désertée. Le col. Crombez, en charge du 5e Cav releva le commandant du 2e bataillon, ce dernier ayant perdu contact avec ses unités et ignorant où elles se trouvaient. Un nouveau commandant se prépara à reprendre l’offensive à sa place.
 Durant la nuit les hommes de la Cie G parvinrent à quitter leurs positions à la barbe des Nord-Coréens.
 Avant l’aube du 17 août la majeure partie des 1er et 2e bataillons du 5e Cav, soutenus par la Cie A du 70th bataillon de chars, se ruèrent sur la côte 303 pour être stoppés par un violent barrage de mortiers aux abords de Waegwan. L’artillerie pilonna la côte la matinée durant. A 11h30 le régiment demanda du renfort. L’Air Force devait intervenir à 14h00.
 L’intervention aérienne eut lieu comme prévue, couplée à un intense barrage d’artillerie. A 15h30 les fantassins partirent à l’assaut sans rencontrer de résistance. A 16h30 la côte était sécurisée. On estime à 500 les pertes nord-coréennes. En tout état de cause 200 cadavres furent retrouvés sur les pentes. Les survivants avaient fui dans la plus complète déroute.
 En regagnant leurs anciennes positions les hommes du 5e Cav firent une macabre découverte: les cadavres de 36 servants de la section de mortiers de la Cie H, mains attachées dans le dos, tués à coups de « burp guns » (surnom du PPSh 41, cal. 7.62mm). La section de reconnaissance du lt Kelly arriva sur les lieux guidée par les indications d’un survivant, le soldat Manring. Blessé aux 2 jambes et à un bras, il avait réussi à s’enfuir en rampant jusqu’à ce qu’une patrouille le découvre. La capture de 3 soldats ennemis et les témoignages des survivants permirent de reconstituer ce qui s’était passé :
 Avant l’aube du 15 août la section de mortiers prit conscience de mouvements ennemis près de la côte 303. Le chef de section en informa l’officier commandant de la Cie G qui lui répondit qu’environ 60 Sud-Coréens devaient venir les renforcer. Vers 7h00, les hommes virent apparaître 2 blindés suivis d’environ 200 soldats ennemis sur la route en contrebas. Un peu après, un groupe de Coréens se mit à gravir la pente. Les hommes chargés d’aller à leur rencontre essuyèrent des coups de feu. Malgré cela, le chef de section resta persuadé qu’il s’agissait des renforts annoncés. Lorsque les Américains se rendirent compte de leur erreur, l’étoile rouge qui ornait la casquette des soldats de l’ARC était visible. Il était trop tard. Les Nord-Coréens s’emparèrent des positions de mortiers sans tirer un coup de feu. D’après un des prisonniers, les « Américains semblaient stupéfaits ». La section avait été prise par la 4e Cie du 2/206 d’Infanterie Mécanisée de la 105e DB. Quelques hommes du bataillon d’artillerie de cette même division étaient apparemment aussi présents.
 Les Nord-Coréens firent descendre les prisonniers de la colline après les avoir délestés de leurs armes et de divers biens de valeur. Là, ils leur attachèrent les mains dans le dos et leur firent retirer leurs chaussures. Ils leur dirent qu’ils seraient envoyés dans un camp de prisonniers de Seoul s’ils se comportaient bien.
 Les hommes furent nourris de fruits, on leur donna de l’eau et des cigarettes. Ils étaient supposés traverser le Naktong dans la nuit mais l’artillerie américaine empêcha la manœuvre. Il semble que les prisonniers aient été alors transférés sous la responsabilité de fantassins de la 3e DI.
 Le lendemain les prisonniers ne cessèrent d’être menés d’un point à un autre, apparemment sans but précis. Durant la nuit les gardes emmenèrent 5 hommes. Les autres ne surent pas ce qui leur advint.
 Au matin du 17, les Nord-Coréens échangèrent quelques tirs avec des soldats américains. Vers midi, l’officier en charge fit placer les prisonniers dans un ravin, sous la surveillance de quelques gardes. A cet instant un autre officier arriva et dit que les Américains se rapprochaient, qu’ils ne pouvaient pas garder les prisonniers avec eux et qu’ils devaient être abattus. L’officier commandant donna alors l’ordre de tirer. Toute la section (une cinquantaine d’hommes) ou seuls quelques hommes participèrent-ils au massacre ? Ce point n’est pas clair. Quoi qu’il en soit, avant de quitter les lieux, certains allèrent achever les blessés qui gémissaient. Seuls 5 hommes survécurent.
 Durant la nuit, d’autres atrocités eurent lieu près de la côte 303. Près de Waegwan, des tirs anti-chars mis hors de combat deux tanks du 70th bataillon. Le lendemain 18 août une patrouille trouva les cadavres de 6 tankistes assassinés dans les mêmes conditions.
 Ces incidents entraînèrent une allocution radio-diffusée de Mc Arthur lui-même et le largage de milliers de tracts au dessus de la Corée du Nord. Le message était clair : Si de telles actions devaient se renouveler, les officiers nord-coréens seraient jugés en conséquence à l’issue de la guerre.
 Il n’existe aucune preuve d’une volonté de l’état-major de l’ARC quant à l’exécution de tels actes. Il semblerait que ceux-ci aient été commis par des quelques unités incontrôlées. Le 28 juillet 1950 l’état-major avait même fait diffuser un message parlant du traitement des prisonniers de guerre et spécifiant que l’exécution injustifiée des ennemis capturés devait immédiatement cesser.
5- Tapis de bombes face à Waegwan
 Au Nord-est de Waegwan la 1e DI de l’ARC subit quotidiennement les attaques nord-coréennes durant ces journées de mi-août. Sous l’énergique commandement du major-general Paik Sun Yup, elle se battit vaillamment, soutenue pour partie par l’artillerie de la 1e DivCav. Le 13e RI se trouvait situé le long du fleuve alors que les 12e et 13e RI se battaient dans les masses montagneuses de Suam-San et Yuhak-San, à l’Ouest et au Nord-Ouest de Tabu-Dong, entre 6.5 et 9.5km à l’Est du Naktong. Les Nord-Coréens réparaient constamment leur pont sous-marin situé à 10km au Nord de Waegwan, en face des côtes 201 et 346. Même des tirs directs d’obusiers de 155mm ne semblaient pas devoir sérieusement l’endommager.

Le pont de Waegwan
 La pénétration ennemie dans le secteur du 13e RI et le long de la limite de secteur d’avec le 5e Cav, conjointement à la forte pression exercée contre le gros de la 1ère DI de l’ARC autour de Tabu-Dong, commença à sérieusement menacer la sécurité de Taegu. Le 16 août 750 policiers coréens furent apportés en soutien dans les faubourgs de la ville à titre de précaution. Le flot des réfugiés avait fait passer la ville de 300 à 700 000 habitants. Le 18 août 7 obus d’artillerie tombèrent sur la ville, tuant un civil et en blessant 8 autres. Le Gouvernement Provincial de Corée décida l’évacuation de Taegu et le président Syngman Rhee déplaça sa capitale à Pusan.
 Ceci créa bien évidemment un mouvement de panique général, des milliers de réfugiés encombrant les routes au point de menacer de stopper le trafic militaire. De plus, l’évacuation de la ville tendit à faire baisser le moral de ceux chargés de la défendre. La 8e Armée mit rapidement en œuvre les moyens nécessaires pour stopper ces flux de population. Deux autres bombardements de la ville eurent lieu, le 3e et dernier le 20 août. A cette date 6 bataillons de policiers coréens s’étaient positionnés aux côtés d’importants tunnels routiers et ferroviaires et a l’intérieur du périmètre de Pusan pour en renforcer la sécurité.
 Au moment où les attaques contre Waegwan et la côte 303 débutaient, les rapports inquiétants quant à la concentration ennemie face à la 1e DI de l’ARC ne cessaient de s’empiler sur les bureaux de l’état-major. Le 14 août McArthur convoqua le général Stratemeyer, en charge des Forces Aeriennes en Extême-Orient (Far East Air Force) et lui signifia qu’il voulait un tapis de bombes déversé sur les concentrations nord-coréennes autour du périmètre de Pusan. Le QG de McArthur sélectionna une surface d’environ 40km² (5.5km d’Est en Ouest sur 12km du Nord au Sud) à l’Ouest du Naktong face aux positions de la 1e DI de l’ARC. Il était estimé qu’au moins 4 divisions et plusieurs régiments blindés totalisant 40000 hommes s’y trouvaient regroupés.
 Le commandant de la 1e DivCav, le général Gay, demanda plusieurs fois que soit inclus dans la zone bombardée le secteur Nord-Est de Waegwan, entre le Naktong et la route Waegwan/Tabu-Dong. Cette requête fut refusée au motif qu’il risquait d’y avoir des dommages collatéraux au sein des troupes américaines et sud-coréennes présentes bien que Gay fît remarquer que le relief même du terrain délimitait parfaitement la zone en question et éliminait tout risque. Il offrit même que des Cessna L-19 de sa division guide les bombardiers sur site, sans plus de succès.
 A 11h58 le 16 août les premiers des 98 B-29 des 19e, 22e, 92e, 98e, et 307e groupements de bombardiers arrivèrent sur zone. Les derniers la quittèrent à 12h24. A 10 000 pieds d’altitude ils larguèrent environ 960 tonnes de bombes de 250 et 500Kg. Les équipages ne reportèrent rien d’autre que le bombardement effectif du secteur. Le major-général O’Donnell, en charge du Bomber Command, survola la zone pendant 2 heures sans rapporter le moindre signe d’activité ennemie.
 
 Le lendemain le général Walker affirma à McArthur que les dégâts infligés à l’ennemi ne pouvaient pas être évalués. A cause de la fumée et de la poussière l’observation était difficile depuis les airs. La zone bombardée était de plus trop loin pour pouvoir être reconnue par les troupes au sol. Des patrouilles envoyées en reconnaissance furent repoussées juste après avoir traversé le fleuve.
 Les informations recueillies plus tard auprès de prisonniers mit en évidence l’inutilité du bombardement dans la mesure où à cette date l’ennemi se trouvait déjà sur la rive Est du fleuve. Le seul résultat concret de cette opération fut une diminution sensible des tirs d’artillerie nord-coréens.
 Une seconde mission prévue pour le 19 août fut tout simplement annulée.
 
6-« Bowling Alley »
 Le 27e RI de la 25e DI US venait tout juste de nettoyer le secteur Sud du saillant du Naktong (relevant de la 24e DI) quand la pression de l’APC s’accentua dramatiquement au Nord de Taegu. Le 14 août le régiment fut détaché de la 24e DI et fut mit en réserve à Kyongsan. Dès son arrivée sur place le 16, le colonel Michaelis reçut l’ordre de reconnaître les routes Nord, Nord-Ouest et Ouest partant de la ville et de se tenir prêt à toute éventualité ce faisant.
 Ce même jour 2 blindés ennemis franchirent les lignes de la 1e DI de l’ARC à 19km au Nord de Taegu. Les bazookas de 3.5 pouces les mirent tout deux hors de combat.
 A midi le lendemain la 8e Armée ordonna au 27e RI de déplacer son PC et un bataillon renforcé sans délai vers un point situé de l’autre côté de la rivière Kumho, à 5km de Taegu sur la route Tabu-Dong/Sangju pour protéger Taegu de toute pénétration ennemie. Des informations sud-coréennes rapportèrent qu’un régiment de l’APC mené par 6 tanks avait pris le village de Kumhwa, à 3km de Tabu-Dong.
 Le 1/27, une section de mortiers lourds et le 8e d’AdC, moins la batterie B, se mirent en route à midi. Au crépuscule le 27e RI au complet se trouvait positionné au Nord de Taegu, sur la route de Tabu-Dong (Autoroute N°5), et avait reçu en renfort la Cie C du 73e Bataillon de Chars et la Cie C du 65e Génie de Combat. Le lendemain le 37e d’AdC moins la batterie A se trouva rattachée au régiment.
 Dans cette partie du périmètre de Pusan, en date du 17 août, la 13e DI de l’APC s’était engouffrée dans le corridor de Tabu-Dong et se dirigeait vers Taegu. Elle avait auparavant combattu les 11e et 12e RI de la 1e DI de l’ARC dans les hauteurs de Yuhak-San pendant une semaine. Un commandant régimentaire affirma plus tard que la division avait supporté environ 1500 pertes pour parvenir à ce résultat. Le 18 août la 13e DI se trouvait concentrée à l’Ouest de la route, un peu au nord de Tabu-Dong.
 A l’Ouest de la 13e DI la 15e DI s’était déployée dans le massif de Yuhak-San. Elle aussi s’était opposée à la 1e DI de l’ARC mais uniquement lors d’engagements mineurs. L’état-major lui ordonna de se déplacer vers l’Est, en direction de Yongch’on, où ma 8e DI n’avait pu percer. La division quitta les hauteurs autour du 20 août.
 Pendant ce temps la 1e DI de l’APC avançait en direction de la zone de Kunwi, à 40km au Nord de Taegu. L’état-major lui ordonna de se de lancer l’assaut vers Taegu par le corridor de Tabu-Dong aux côtés de la 13e DI.
 C’est là que les Nord-Coréens reçurent leur seul renfort significatif en blindés de toute la bataille du Périmètre de Pusan. Aux alentours du 15 août la 105e DB reçut 21 nouveaux T-34 et 200 hommes, le tout réparti aux divisions en ligne pour l’attaque de Taegu. Le régiment blindé attaché à la 13e RI aurait eu à l’époque 14 tanks.
 Au même instant 2 régiments de la 1e DI de l’ARC devaient prendre d’assaut les hauteurs situées des 2 côtés de la route. L’objectif était limité et visait uniquement à restaurer la ligne de la 1e DI dans le voisinage de Sokchok, un village situé à 6km de Tabu-Dong. Le 27e RI devait progresser plein Nord le long de la route même.
 A mesure que les camions de transport amenaient les Américains sur leur ligne de départ, les hommes pouvaient voir les Coréens se battre entre eux sur les collines qui les surplombaient. Les fantassins se déployèrent, ceux du 1er bataillon du col. Check sur la gauche de la route, ceux du 2e bataillon du col. Murch sur la droite. Les blindés en tête, les hommes franchirent la ligne de départ à 13h00. Un avant-poste ennemi s’enfuit à leur arrivée et pendant une heure il n’y eu à peu près aucune opposition. A 3km de Tabu-Dong, Michaelis reçut un message l’informant que les Sud-Coréens n’avaient pu avancer et qu’il devait s’arrêter sur le champ et former un périmètre défensif.
 Les 2 bataillons s’enterrèrent juste au Nord du minuscule village de Soi-Ri. Le 1/27 se positionna à gauche de la route, la Cie C en avant-poste, la Cie A sur une crête en arrière. La Cie B stationnait le long de la vallée. Face à elle se trouvait la Cie E du 2/27. La Cie F s’était retranchée un peu plus à l’Est pendant que la Cie G tenait la crête au dessus d’elle. Une section blindée tenait la ligne de front, 2 tanks sur la route, 2 dans le lit de la rivière, 4 en réserve. Six équipes de bazookas se mirent en position devant l’infanterie, le long de la route et dans le lit de la rivière. Plus en arrière se trouvait la Cie C du 65e Génie de Combat. Plus loin encore se trouvait l’artillerie. La 1e DI de l’ARC couvrait les hauteurs de chaque côté du régiment. La défense formait donc une sorte de « U » à 4 compagnies de front (A, B, E et F) et 2 de flanc (C et G).
 A partir des positions du 27e RI la route bordée peupliers progressait selon un axe Nord-Sud à peu près droit au fond d’une étroite vallée. Une petite rivière à sec courait sur sa gauche. Peu après la route tournait doucement vers la gauche. Cette portion de route allait bientôt être connue sous le nom de « Bowling Alley » (La piste de bowling). A environ 1.5Km la route formait une fourche. Sur la gauche, elle formait une longue courbe et continuait vers Sangju. Sur la droite elle menait à Kunwi. Peu après la courbe dirigée vers Sangju se trouvait le village de Sinjumak, protégé par les collines et où apparemment s’étaient regroupés les blindés nord-coréens durant la journée.
 De part et d’autre de la route s’élèvent une importante masse de collines, parfait point d’observation de la campagne environnante. A l’Ouest les Yuhak-San culminent à 900m. A l’Est le plus haut point se situe à 800m de hauteur.

Bowling Alley
 La première des 7 attaques nocturnes successives qui frappèrent le 27e RI débuta juste après la tombée de la nuit le 18 août. Les mortiers et l’artillerie firent feu de toutes leurs pièces pour un important tir de préparation. Deux blindés et un canon automoteur quittèrent Sinjumak, suivis par l’infanterie, une partie de cette dernière se trouvant motorisée. Le blindé de tête avança prudemment, se contentant apparemment d’observer, tandis que le 2e blindé et le canon automoteur s’acharnèrent sur la Cie F. Les tirs des mitrailleuses apparurent comme désordonnés, comme si les assaillants ignoraient où se trouvaient les positions qu’ils attaquaient. Alors que les tanks continuaient d’avancer une des équipe de bazooka détruisit le second. Une autre équipe toucha aussi le premier mais les roquettes n’explosèrent pas. L’équipage abandonna néanmoins son engin. Des tirs du 8e d’AdC pulvérisèrent le canon automoteur ainsi que 2 camions de transport de troupes, tuant ou blessant une centaine d’hommes. Le lt Millet, observateur avancé et futur récipiendaire de la médaille d’honneur après qu’il eût rejoint l’infanterie, dirigea ce tir au but alors qu’il se trouvait à moins de 50m d’un T-34. Trois nouveaux blindés apparurent au détour de la route mais firent rapidement demi-tour.
 Les troupes ennemies firent une seconde tentative de bien plus faible envergure 2 heures plus tard mais furent rapidement mise en déroute sous les tirs conjoints des mortiers et de l’artillerie.

Carcasse de T34 à Bowling Alley
 Les batailles nocturnes de « Bowling Alley » présentèrent des caractéristiques communes : Les Nord-Coréens utilisaient un système de fusée pour signaler leurs actions et les coordonner. Il apparut très vite évident aux yeux des observateurs américains que les fusées vertes signalaient une attaque. Le 27e RI se dépêcha de se munir de fusées similaires qu’il tirait au-dessus de ses propres positions après le début d’un assaut ennemi, semant ainsi la confusion chez ce dernier. L’utilisation de ces fusées attirait les Nord-Coréens sur des zones d’intense concentration de feux qui leur firent subir de très lourdes pertes.
 L’utilisation de mines en face des positions de défense se révéla des plus payantes. Elles stoppaient l’assaut initial des blindés et, lorsque les sapeurs voulaient tenter de dégager le terrain les Américains tiraient des fusées éclairantes et écrasaient la route sous un déluge d’artillerie et de mortiers.
 Au matin du 19 août les 11e et 13e RI de l’ARC lancèrent des contre-attaquent qui leur permirent de gagner un peu de terrain. Le général Walker rappela le 10e RI de l’ARC de la réserve pour combler l’espace qui s’était formé entre la 1e et la 6e DI. Dans l’après-midi il fit de même avec le 23e RI US pour lui ordonner de former un périmètre défensif autour des 8e et 37e bataillons d’AdC à 13km au Nord de Taegu.
 Dans la nuit les Nord-Coréens s’acharnèrent sur le 2/27 vers 2h00 pendant près de 2 heures avant de décrocher.
 Le dimanche 20 août fut relativement calme. L’Air Force ne manqua pas néanmoins d’attaquer à plusieurs reprises les positions ennemies. Le soir même Walker déclarait que « Taegu [était] probablement sauvée ».
 Si la journée du 20 fut calme, il n’en fut pas de même durant la nuit. A 17h00 un barrage d’obus de 120mm tomba dans le secteur de la Cie d’Armes Lourdes. Les blindés et fantassins de l’APC se ruèrent le long de la vallée, sous le feu de l’artillerie et des mortiers. Les fantassins retinrent leurs tirs jusqu’à ce que l’ennemi se trouve à 150/200m de leurs positions avant de se déchaîner et de repousser l’assaut.
 Le lendemain matin 2 sections et 3 blindés se dirigèrent vers les Nord-Coréens. Des drapeaux blancs étaient apparus devant les positions américaines et les civils faisaient état du désir de nombreux soldats de se rendre. La patrouille ne progressa en définitive guère mais profita de l’occasion pour achever de détruire 5 immobilisés et/ou abandonnés et relever la présence d’un canon antichar de 37mm, de 2 canons automoteurs de 75mm et d’un mortier de 120mm parmi l’équipement détruit ainsi que celle de nombreux cadavres.
 Au crépuscule le régiment plaça de nombreuses mines antichar et antipersonnel le long de la route, à environ 150m de ses positions. Cent mètres plus loin une seconde ceinture de mine fut enterrée.
 Plus tard dans la nuit l’APC déclencha une attaque générale, à la fois contre l’ARC positionnée sur les hauteurs et contre le 27e RI ? Neuf tanks et plusieurs canons automoteurs supportaient l’infanterie. Parce qu’elle était en hauteur et la plus avancée des unités américaines, c’est la Cie C qui repéra l’ennemi la première.
 L’artillerie et les mortiers se mirent à bombarder les Nord-Coréens dans l’espoir de séparer les troupes des blindés. Les mitrailleuses ne se mirent en marche qu’une fois les fantassins entrés dans les champs de mine et à courte portée. Les M26 gardèrent retinrent leurs tirs de même. L’un d’eux détruisit le T34 de tête à moins de 125m. Un tir de bazooka immobilisa l’automoteur en 3e position. Le malheureux blindé coincé entre les 2 carcasses fut pris à partie par les bazookas et immobilisé avant d’être abandonné par son équipage. L’artillerie et les Pershing détruisirent 7 autres T34, 3 automoteurs et plusieurs transports de troupe. La bataille dura 5 heures. La colonne ennemie avait été littéralement mise en pièce. Onze prisonniers furent capturés qui indiquèrent que seul ¼ de leur unité demeurait en état de combattre.
 Apparemment ce sont les hommes de la Cie F qui surnommèrent l’endroit « Bowling Alley » durant la nuit du 21 au 22 août. Les T34 tiraient des obus perforants le long de la route en direction des positions américaines. Les illuminations des tirs perçant la nuit et l’écho des canons apparurent à ceux qui les observaient comme des boules de bowling projetées sur une piste.
 Durant la nuit hommes du 1er RI de la 1e DI fraîchement arrivés purent s’infiltrer le long des crêtes sur le flanc droit des Américains. Ils furent repérés le lendemain matin à 10km en arrière et à une quinzaine seulement de Taegu. Ils se mirent en devoir de couper la ligne de ravitaillement du 27e RI.
 A peu près à la même heure Michaelis envoyait un message à la 8e Armée pour les prévenir que les Sud-Coréens sur son flanc gauche avaient abandonné leurs positions et qu’environ un millier d’ennemis les avaient remplacés. Il demanda une intervention aérienne.
Il convient de noter que les Sud-Coréens occupaient les hauteurs surplombant le 27e RI et que sans eux la position du régiment eût été intenable. Leur contribution à la défense du front Nord de Taegu ne doit pas être négligée. Le général Païk n’apprécia pas les remarques de Michaelis et répliqua que lui aussi aimerait bien se battre au fond de la vallée sous le couvert de l’artillerie alors que ses hommes devaient subir les assauts nocturnes répétés de l’APC avec seulement des armes légères. L’état-major de la 8e Armée diligenta une enquête qui prouva que toutes les unités sud-coréennes se trouvaient là où Païk avait affirmé qu’elles se trouvaient.

Païk Sun Yup
Dans l’après-midi du 23 le 2/23 du ltc Edward en position de défense autour de l’artillerie fut attaqué par le 1er RI. Le col. Freeman jr en charge du 23e RI reporta à 16h40 que la dernière batterie du 37e d’AdC avait été bombardée, que des fantassins ennemis se trouvaient entre le 27e et le 23e RI et que son bataillon avancé avait été tourné par l’Est. Quelques minutes plus tôt le centre de tir du 8e d’AdC avait été touché par deux tirs directs qui avaient tués 4 officiers et 2 sous-officiers et blessant 7 autres personnes. Les batteries ne perdirent cependant pas le contrôle de la situation et continuèrent de protéger l’infanterie de leur mieux.
Les hommes du PC du 27e RI, qui se trouvait dans la zone attaquée par le 1er RI, prirent leurs armes et déplacèrent rapidement le PC sous les tirs ennemis. H.G. Walker, photographe du magazine Life, relatera même l’exploit du sergent Rogers, responsable du mess, qui repoussa à l’aide d’une mitrailleuse de .50 hâtivement mise en batterie une section nord-coréenne ; ce qui lui vaudra la Silver Star.
L’Air Force, la Navy et quelques avions australiens attaquèrent les crêtes occupées par les Nord-Coréens en y larguant plus de 22 tonnes de bombes. Les Nord-Coréens cessèrent leur action pour le moment et se préparèrent pour un assaut de nuit qui fut en définitive rapidement repoussé.
Durant la nuit Walker subordonna le 23e RI moins le 1er bataillon à la 1e DivCav avec pour mission de nettoyer la ligne de ravitaillement du 27e RI.
Le 22 vers 10h00, un évènement improbable survint. Le ltc Chong Pong Uk, commandant l’artillerie de soutien de la 13e DI de l’APC se rendit aux Américains. Il avait été réprimandé par le commandant de la division pour ne pas avoir réussi à bombarder Tabu-Dong. Persuadé que le terrain ne lui permettait pas d’atteindre cet objectif et se cabrant sous la rebuffade, il avait tout simplement déserté. Il n’avait cependant pas oublié d’amener avec lui les positions exactes de son artillerie que l’Air Force et l’artillerie US ne manquèrent pas de noyer sous un déluge de bombes.
Dans la nuit du 22 au 23 une nouvelle attaque eut lieu mais, menée sans aucun mordant, elle fut rapidement repoussée.
Un peu avant midi le 23 une centaine d’hommes parvinrent à se faufiler entre les lignes US et à attaquer la Cie K du 27e RI et la 1e section de la Cie C du 65e Génie de Combat. Ils parvinrent à déborder une partie des positions américaines avant d’être repoussés au prix d’une cinquantaine de tués.
Pendant ce temps le 2/23, après avoir repoussé plusieurs attaques de nuit, se mit en route à l’aube pour nettoyer les hauteurs surplombant la ligne de ravitaillement. Le 3/23 fit de même de son côté et regagna près de 5km de terrain à l’Est de la route. Ces 2 actions conjointes écartaient désormais tout danger de ce côté du 27e RI.
A 13h35 Michaelis reporta que la 13e DI avait fait sauter la route en face de ses positions, miné le reste et battait en retraite.
Le lendemain le 23e RI continua ses actions de nettoyage. Le soir tombé, il était estimé que seuls 200 hommes au maximum se trouvaient encore au-delà des lignes.
Le 24 fut une journée calme.
 Peu après minuit cependant la 13e DI lança son baroud d’honneur : 2 compagnies et quelques tanks rapidement balayés. Ce fut la dernière nuit que le 27e RI passa dans la « Bowling Alley ». Walker ordonna au régiment de retourner auprès de la 25e DI dans le secteur de Masan où il arriva dans la soirée du 31. C’est la 1e DI de l’ARC qui lui succéda sur ses anciennes positions. Le 23e RI demeura au Nord de Taegu en soutien.
 Les survivants du 1er RI rejoignirent le reste de la 1e DI de l’APC dans les montagnes à l’Est de l’Autoroute N°5, près des hauteurs de Ka-San. Des prisonniers affirmèrent que le 1er RI ne comptait plus que 400 hommes, tous ses mortiers de 120mm, ses obusiers et canons anti-chars dans sa tentative de percée du flanc droit du 27e RI à « Bowling Alley ».
Sources :
- Roy E. Appleman : South to the Naktong, North to the Yalu / Center for Military Research
- Jim Malachowski : 27th Infantry in Korea-The Bowling Alley
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MessagePosté le: Jeu 4 Oct - 18:12 (2007)    Sujet du message: Publicité

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