Le bataillon Français de l'ONU en Corée. 1950-1953.  French Battalion in the Korean War  Index du Forum

Le bataillon Français de l'ONU en Corée. 1950-1953. French Battalion in the Korean War
Forum de l'association "Crèvecoeur", Association "Loi 1901" de reconstitution historique sur Le bataillon Français de l'Onu en Corée.

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 



 A la une: 
L'association CREVECOEUR est désormais labellisée par le Service Historique du Ministère de La Défense,  reconnu pour son authenticité et sa véracité lors de ses reconstitutions historiques, ayant pour thème le Bataillon Français de l'ONU en Corée.
Guerre de Corée (2) : Retraite vers le Naktong (1ère partie) Désastre sur la Kum

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Le bataillon Français de l'ONU en Corée. 1950-1953. French Battalion in the Korean War Index du Forum -> LE BATAILLON FRANÇAIS DE L'ONU EN COREE. -> HISTOIRE, BIBLIOGRAPHIE ET REVUE DE PRESSE -> Histoire de la Guerre de Corée (Hors BF/ONU)
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Ltc Taplett
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Mar 2 Oct - 19:44 (2007)    Sujet du message: Guerre de Corée (2) : Retraite vers le Naktong (1ère partie) Désastre sur la Kum Répondre en citant

II- Retraite vers le Naktong 


(1ère partie) : Désastre sur la Kum
1- La chute de Séoul
 En fin de matinée du 25 juin quelques formations de Yak-9 nord-coréens survolaient Séoul, certaines bombardant la gare. Aucune panique à l’ambassade des Etats-Unis, persuadée de l’esprit de combativité de l’armée sud-coréenne, et qui, devant l’afflux des appels inquiets des ressortissants de la mission américaine fit radio-diffuser un message rassurant vers midi selon lequel il n’y avait pas de raisons de s’alarmer, qu’il n’était pas encore certain que la Corée du Nord avait déclenché une guerre totale.
La population locale, globalement calme, ne semblait pas elle non plus mesurer la gravité des évènements en train de se produire.

L'invasion de la Corée du Sud par les armées de Kim Il Sung
Pourtant Kaesong était tombée aux mains de l’ennemi à 9h30, après que celui-ci ait balayé le 12e RI (1ère DI sud-coréenne). La prompte décision du colonel Paek Sun Yup, Cdt de la 1ère DI, d’amener les 11e et le 13e RI près du pont de la rivière Imjin ne permit pas d’empêcher les Nord-Coréens de traverser celle-ci. Certains soldats du 13e RI se portèrent alors volontaires pour une mission suicide consistant à se jeter sur les blindés de la 105e Brigade Blindée chargés d’explosifs. Malgré quelques succès, les pertes considérables enregistrées parmi les volontaires en tarirent rapidement le flot. La 1ère DI se replia alors vers Korangpo-Ri où elle résistera près de 3 jours avant de battre en retraite vers la rivière Han car menacée d’encerclement.
Pourtant, dès 5h30, l’APC (Armée Populaire de Corée, 4e et 3e DI / 107e et 109e Régiments blindés) s’était engouffrée dans le « Corridor d’Uijongbu » qui mène droit vers Séoul à 40 Km de là. Après avoir mitraillé la rue principale d’Uijongbu même, les Yaks nord-coréens se dirigèrent vers Séoul et l’aéroport de Kimpo qu’ils commencèrent mitrailler et à bombarder.
Pourtant, plus à l’Est, le carrefour routier de Chunchon, était violemment attaqué par la 2e DI. Ici par contre, l’artillerie de la RC (République de Corée) se révéla efficace et depuis ses positions la 6e DI parvint plusieurs fois à repousser les assauts ennemis. La 7e DI de l’APC et ses T-34s arrivera en renfort au soir du 26 juin. La bataille durera jusqu’au 28, date à laquelle la division se verra contrainte à la retraite, le front ayant d’ores et déjà cédé sur ses flancs.
Pourtant, à 5h, la 5e DI et la 766e Unité Indépendante avaient attaqué sur la côte Est, débarquant même certains de leurs bataillons à Samchok ou près de Kangnung. La 8e DI de la RC tiendra vaille que vaille jusqu’au 28 juin avant d’entamer sa retraite, qu’elle parviendra même à effectuer en bon ordre et en emmenant avec elle son matériel.
Vers 17h, un C54 au sol fut mitraillé par la chasse communiste. Cette attaque d’un bien américain stupéfia bon nombre des membres de la mission et leur fit soudainement prendre conscience de la parfaite anormalité de la situation.
A la même heure le KMAG émettait un bulletin précisant un peu plus clairement ce qui était en train de se passer (perte de Kaesong, Ouest de l’Imjin sous contrôle nord-coréen, régiments blindés et infanterie ennemis en approche de Uijongbu). Pourtant, il semble que la panique ne s’installa pas pour autant, ni au sein de la mission, ni au sein de la ville même.
A minuit John J. Muccio, l’ambassadeur américain à Séoul, ordonna cependant l’évacuation des femmes et des enfants.
La 2e et la 7e DI de la RC contre-attaquèrent dans le corridor d’Uijongbu au matin du 26 juin. La 7e DI progressa bien au début, allant jusqu’à entraîner un communiqué euphorique de la radio de Séoul dans l’après-midi selon lequel la RC avait tué 1580 soldats ennemis et détruit 58 tanks. Largement surévalué, ce rapport ne tenait pas compte de la situation de la 2e DI. Estimant toute résistance des 2 bataillons à sa disposition futile (le reste de la division était ramené en urgence depuis Taejon), le général Lee Hyung Koon avait renoncé à lancer sa part de la contre-attaque. Les 2 bataillons en question furent rapidement balayés par le 7e RI de l’APC qui pénétra dans Uijongbu derrière une colonne blindée. Devant cet échec de ses camarades, la 7e DI du se replier au sud de la ville.
Désormais la RC n’avait plus de forces organisées capable d’influer sur la bataille se déroulant au nord de la capitale.

Le corridor d'Uijongbu
 L’atmosphère plutôt calme qui prévalait à Séoul depuis le début de l’invasion se dissipa le 3e jour. L’échec de la contre-attaque du 26 fut alors connu de la population et les réfugiés commencèrent à s’entasser sur les routes. Dans la soirée la plus grande confusion s’était emparée de la capitale.
Ce même jour, le gouvernement sud-coréen s’enfuit à Taejon. De son côté Muccio décida de faire évacuer le personnel de l’ambassade. Volontaire pour rester à Séoul, il lui fut ordonné de rejoindre Rhee.
Au Nord de Séoul l’armée de la RC se replia en désordre, certaines formations se battant courageusement mais sans avoir les moyens de stopper la pression de l’armée de Kim Il Sung. Le plan de retardement si souvent répété ne put se mettre en place de manière effective tant était grande la terreur inspirée par les T-34s ennemis.
Vers 19h30, les premiers éléments du 9e RI de la 3e Division de l’APC atteignaient la ville avant d’en être chassés par un puissant feu défensif. A 23h un tank seul et une section d’infanterie pénétraient dans le palais de Chang Duk, au Nord-Est. La police parvint à détruire le tank et à disperser les soldats.
Le major-general Sedberry, conseiller auprès de l’armée de la RC, tenta de convaincre le général Chef d’Etat-Major Adjoint Kim Paik Il de ne pas détruire les ponts traversant la Han avant d’avoir évacué les troupes et le matériel. Dans la confusion ambiante, l’ordre de stopper la destruction ne put être communiqué à temps et vers 2h15, les ponts explosèrent sans que la population en ait été avertie, causant plusieurs centaines de morts. Les responsabilités de cette terrible bavure ne furent jamais clairement établies entre le Chef d’Etat-Major Chang Chang Kuk et le Vice-Ministre de la Défense d’alors. Le Responsable en Chef du Génie fut quant à lui sommairement exécuté.
Quoi qu’il en soit, cette destruction prématurée fut une catastrophe tactique pour la RC.  Sans cette bavure, la majorité de 3 divisions aurait pu être évacuée avant que la situation ne devienne intenable, les troupes d’invasion n’occupant le centre-ville que vers midi le 28 juillet. Le colonel Paek Sun Yup parvint cependant à faire traverser la Han en ferry à la plus grande partie de sa division, (5000 hommes) abandonnant cependant la majorité de son équipement lourd. Malgré une résistance que les Nord-Coréens qualifieront eux-mêmes d’acharnée, la ville était entièrement occupée en fin d’après-midi, efficacement relayée par une active « cinquième colonne ».

Des Sud-Coréens "spontanément" rassemblés dans les rues de Séoul pour saluer le passage des blindés ennemis
Au bout d’une semaine de combats, seules 2 divisions de la RC (la 6e et la 8e) ressemblaient encore à des unités en état de combattre, équipement lourd inclus. Sur les 98 000 hommes présents au matin du 25 juin, Syngman Rhee ne pouvait plus désormais compter que sur 54 000 d’entre eux et sur seulement 30% de leur armement individuel. Les 44 000 autres avaient tout simplement disparu; tués, capturés ou portés disparus, la plupart ne devant jamais être revus.
2- Task Force Smith
 Au Sud de Séoul l’APC fit une pause, le temps de se regrouper et de redéployer sa chaîne logistique. Cette pause, bien que nécessaire pour consolider ses gains et se préparer au prochain assaut, fut critique pour la suite des évènements. Le 5 juillet elle rencontrait la Task Force Smith (Groupe de Combat Tactique, du nom de son commandant, Charles Bradford Smith) au Nord d’Osan. Bien que le résultat sur le terrain allait avoir une incidence insignifiante sur la suite des combats, elle signifiait une chose : pendant ce temps la 24e DI du général Dean se déployait depuis Pusan.
 Rassemblés dans les pires conditions possibles, les 406 hommes de la TF Smith étaient arrivés en toute urgence par avion à Pusan le 1er juillet. Partie intégrante des forces d’occupation du Japon, le bataillon était de niveau égal à celui des autres stationnés sur l’archipel nippon : Peu entraîné, sous-équipé. D’ailleurs, au moment où ils prirent leurs positions sur la route de Suwon, à 50 Km au sud de Séoul, ses compagnies Able et Dog, ainsi que la plupart de ses compagnies de soutien, étaient encore en mer.

La TF Smith arrive à Taejon (2 juillet 1950)
La topographie montagneuse du terrain indiquait la direction qu’allaient prendre les forces armées de Kim Il Sung : Osan. La TS Smith se plaça donc dans la nuit pluvieuse du 4 juillet au sud de l’aéroport de Suwon, à 5 Km au nord d’Osan. L’unité de la RC qui devait faire jonction avec elle n’était pas là. Les camions furent déchargés mais le matériel ne fut pas monté au niveau des unités retranchées au sommet des collines avoisinantes. La TS était soutenue par la Batterie A du 52e d’Artillerie de Campagne et ses obusiers de 105mm, 2 sur 4 canons sans recul de 75mm (que peu de ses soldats savaient utiliser), 6 bazookas de 2.36 pouces (qui se révéleront parfaitement inutiles) et 2 sections de mortier équipées de 4 tubes de 60mm et 2 de 4.2 pouces. Le reste de l’équipement n’avait pas pu être embarqué à bord des C-54 qui les avaient amenés à Pusan. De plus la pluie discontinue et le terrain brouillaient les émissions radio.

Les positions de la TF Smith
Le 5 juillet au matin le sergent Loren Chambers repéra les 8 premiers T-34/85 qui s’avançaient dans la plaine depuis Suwon. Les 75mm, mal positionnés, les engagèrent immédiatement sans en détruire aucun malgré plusieurs coups au but. Pourvu des obsolètes bazookas de 2.36, le lieutenant Ollie Connors tenta lui aussi  d’arrêter les blindés. Sur 22 coups tirés à courte portée, un seul parvint à faire décheniller un des monstres d’acier. Un seul des canons de 105mm avait des munitions anti-chars. En tir direct, il finit par faire exploser un des T-34s ennemis.
 Entre 7h et 9h30, plus d’une trentaine chars passèrent le « barrage » de la TS Smith, causant une vingtaine de pertes chez les défenseurs et coupant la seule ligne de communication avec la A/52 d’AdC.
 A 11h une colonne de camions menée par 3 nouveaux blindés dégorgea 2 régiments des soldats en uniformes moutarde dont les sections se séparèrent, de front et sur les flancs.
Dans la mesure où la TS Smith n’occupait qu’1,5 Km de front sans aucun soutien d’aucune sorte, l’issue apparut vit comme inévitable. Pris entre 2 feux, Smith ne pouvait choisir entre rester sur place sans soutien et battre en retraite vers les blindés qui avaient forcé son barrage quelques heures plus tôt. Les Nord-Coréens commencèrent à utiliser leurs mortiers. Amenés au feu avec 120 cartouches par hommes, la TS vit très vite ses munitions diminuer dangereusement. Smith finit par choisir à contre-cœur de battre en retraite. La route étant éminemment vulnérable, les compagnies devaient se replier par les rizières, le long des diguettes.
 Les manœuvres de désengagement étant parmi les plus difficiles à réussir, l’inexpérience au feu de la TS Smith se fit alors cruellement ressentir. Choqués par l’ampleur de leur défaite les hommes des différentes compagnies se mirent très rapidement à suivre dans le désordre et en abandonnant leurs blessés et leurs morts la 1ère d’entre elles qui se désengagea (Cie Charlie), de peur d’être oubliés. Très vite le chacun pour soi l’emporta sur la discipline, sous le feu des mortiers et des armes automatiques.


La Cie C, commandée par le capitaine Dasher, fut la seule à garder un semblant de cohésion et atteignit Taejon après 2 jours de marche avec plus de la moitié de ses hommes encore en formation. Les autres compagnies, ou du moins ce qu’il en restait, finirent par rejoindre progressivement les lignes amies en l’espace d’environ une semaine.
La TS Smith avait subi 155 pertes (38%).
Mais en arrivant à bon port les hommes apprirent que leur pathétique action à Osan avait déjà été effacée par l’humiliante défaite de la 24e DI.
3- Défaite après défaite
 Derrière le 1/21 RI, la 24e DI s’était déployée. Malgré les rapports sud-coréens affirmant que l’armée de la RC se battait courageusement, tout ce que les Américains pouvaient constater étaient des signes de retraite et de chaos. Plus tard les rapports nord-coréens mirent en évidence que l’armée de la RC avait effectivement substantiellement endommagé et retardé les troupes d’invasion, mais en ce début juillet 1950 seules les missions d’interdiction aérienne apportaient un minimum d’information à l’Etat-Major qui de manière générale ignorait à peu près tout des forces de Kim Il Sung. Durant les 1ères semaine de la guerre l’USAF largua des tonnes de bombes sans preuve indubitable de leurs effets sur l’APC.




 La prochaine unité après la TS Smith qui se mesura à l’ennemi fut le 1/34 RI. Fort de 1981 hommes, sans blindés ni armes anti-char efficaces, le 34e RI fut transporté depuis le Japon sans plus de préparation que le 21e.
Le major-général Dean n’avait d’autre ordre à donner que que de se mettre en position de barrage le long des routes principales à Ansong et Pyongtaek. Pour ajouter à l’impréparation générale un manque total de moyens de communications grevait l’efficacité relative des troupes débarquées : les lignes téléphoniques étaient régulièrement coupées et les communications radio ne pouvaient franchir l’écueil de la distance et du terrain montagneux.
 C’est dans la brume pluvieuse du matin du 6 juillet que le 1/34 fit face aux blindés et fantassins ennemis. Malgré un engagement américain au mortier et à la mitrailleuse lourde, les Nord-Coréens se trouvèrent très vite en situation d’encercler le bataillon dont le commandant, le Lt-colonel Ayres, ne vit d’autre choix que de battre en retraite vers Chonan. Celle-ci se déroula dans les mêmes conditions que celles infligées à la TS Smith, i.e. dans le désordre et en abandonnant la majeure partie de l’équipement lourd en cours de route.
Furieux de voir le bataillon reculer sans avoir offert de résistance significative et sans ordres, Dean arriva le soir-même à Chonan où régnait le plus grand chaos, les civils comme les soldats Sud-coréens fuyant désespérément vers le Sud. Il remplaça le commandant du 34e RI, le colonel Lovless, par un vétéran de la Seconde Guerre Mondiale, le colonel Robert Martin.

Embouteillage à Chonan, où la panique règne
 Chonan
Dans l’après-midi la 4e Division de l’APC se rapprocha de Chonan. Paniqué, le 3/34 battit en retraite en direction de la ville. Il put malgré tout être réorganisé à l’est de la cité vers 17h. Pendant ce temps, le nouvellement arrivé 63e d’Artillerie de Campagne commença à bombarder une colonne de tanks s’approchant par l’Est, reportant en avoir détruit 2. L’ennemi put malgré tout s’infiltrer, toujours par l’Est, aux alentours de minuit.
A l’aube, un groupe d’une demi-douzaine de T-34s fut repéré entrant en ville par le Nord-Ouest. Un violent combat de rue s’engagea au cours duquel le 3/34 détruisit 2 blindés, au bazooka et à la grenade. L’infanterie ennemie pénétra à son tour dans la cité vers 6h, coupant la retraite à 2 compagnies de voltigeurs.
C’est au cours de ces combats que le colonel Martin fut tué, coupé en 2 par un obus de 85mm alors qu’il tentait de détruire un T-34 au bazooka. Il reçut la 1ère Distinguished Service Cross de la guerre à titre posthume le 11 juillet. Il fut remplacé par le colonel Robert Wadlington.
Les rangs du 3/34 se clairsemaient de plus en plus sous la pression d’un assaillant toujours plus nombreux. Protégé par un tir continu d’obus aux phosphore blanc, le bataillon se replia entre 8 et 10h.

Canon de 155mm faisant feu sur Chonan aux mains de l'ennemi (10 juillet 1950)
 Au Sud de Chonan la route se divise en 2. Le 21e RI reçut l’ordre de défendre la route de Chochiwon. Le 34e RI devait retraiter vers sa nouvelle position : Kongju, l’ennemi suivant une route parallèle le long des crêtes.
Les ordres de Dean aux 2 régiments étaient clairs : retenir l’ennemi à tout prix afin de tenir la ligne de la rivière Kum.
 Chochiwon
 A son arrivée à Chochiwon le 7 juillet le 21e RI trouva la ville dans une situation aussi chaotique que celle de Chonan. Le colonel Stephens mit immédiatement ses bataillons en position.
Au milieu de l’après-midi du 9, le 3/21 du Lt-colonel Jensen situé à Chonui, à 10 Km de la ville repéra 11 tanks et 200 à 300 fantassins. L’artillerie et l’aviation détruisent 5 des 11 blindés avant 17h. Bien que durement touchées par les bombardements (les observateurs aériens rapportèrent que près d’une centaine de véhicules sur les 200 situés sur la route de Pyongtaek à Chonui brûlaient ou étaient détruits) les colonnes ennemies continuèrent à progresser.

Le Génie se prépare à miner un pont à Chochiwon
Au matin du 10 juillet, le brouillard noya les rizières que surplombait le 3/21. A 5h55 les Américains entendirent des voix sur leur gauche. Un quart d’heure plus tard l’assaut débutait. A 7h les obus de mortiers nord-coréens tombaient sur les crêtes tenues par les GI’s. Peu de temps après le flanc droit était débordé et la section de mortiers lourds étaient prise à partie. Quant aux blindés, ils traversèrent Chonui par la route, entendus mais non vus par les soldats à cause de l’épais brouillard. Ils se joignirent à l’infanterie pour réduire au silence les mortiers qui furent finalement balayés.
A 8h le brouillard se leva. A 9h l’infanterie de l’APC traversa Chonui pour attaquer les crêtes de front. L’artillerie les repoussa durement. A11h la Cie A du Lt Bixler était directement sous le feu ennemi, l’absence de l’écran de protection des mortiers se faisant alors cruellement sentir. L’aviation lui apporta temporairement son soutien mais dès son départ l’assaut reprit. A 11h35 la Cie A était totalement débordée (elle totalisera 27 blessé et 30 disparus sur 181 hommes, soit 48% de son effectif).
Sur le flanc droit la panique s’installa dans les rangs et certains soldats commencèrent à fuir la crête. Facteur aggravant, l’artillerie US, persuadée que la ligne de front avait été débordée, commença à tirer sur les GI’s affolés.
A 12h05 Stephens ordonna la retraite. Le 3/21 avait perdu 20% de ses effectifs.
Dans l’après-midi les Américains contre-attaquèrent et reprirent la majeure partie de la crête, exceptée la position de la Cie A. Ils découvrirent aussi des GI’s  abattus d’une balle dans la nuque, les mains attachés dans le dos. Le reste de la crête ne fut repris qu’à minuit.
 A 6h30 le lendemain matin un scénario similaire se déroula, brouillard inclus. Les tanks et les mortiers pilonnèrent les crêtes et le PC du bataillon tandis qu’un millier de fantassins exécutaient un double mouvement enveloppant. Les GI’s se défendirent courageusement pendant plusieurs heures avant d’être finalement débordés. Jensen fut tué durant la retraite vers Chochiwon. Le 3/21 avait cette fois perdu près de 60% de ses effectifs.



Batterie de mortier près de Chochiwon (11 juillet 1950)
 Le 12 juillet au matin, le 1/21, complété en partie par les hommes rééquipés de la TS Smith, et situé à 3Km au nord de la ville fut attaqué par l’équivalent d’un bataillon avant de voir déferler sur lui près de 2000 hommes. Stephens estima que le 1/21, malgré tout sous-équipé et en grande partie composé de bleus ne pouvait espérer tenir ses positions et commença à le désengager. Pour une fois la retraite s’effectua correctement. A 15h30 le 1/21 tenait de nouvelles positions au sud de la Kum. A 16h00 la plus grande partie du 21e RI était totalement désengagée.
 En dehors de cette action, durant laquelle le régiment tint tête pendant 3 jours à 2 divisions de l’APC (la 4e qui partit dès lors à la poursuite du 34e RI à Kongju et la 3e) mais aux prix de lourdes pertes en hommes et en matériel, durant les 1ères semaines de la guerre, le même scénario se répéta encore et encore : les Américains abandonnaient à chaque fois leurs positions en toute hâte, laissant sur place équipement et véhicules.
L’Etat-Major ne s’attendait pas réellement à ce que les maigres forces déployées rêtent l’ennemi. La critique ne venait même pas du fait que les unités retraitaient- faire autrement eût signifié leur totale destruction- mais du fait qu’elles se révélèrent incapables de significativement faire « mal » à l’adversaire, ni même à significativement le retarder. Les chefs de bataillon n’avaient ni l’expérience ni la « hargne » nécessaires à une tactique de semi-guérilla : défense agressive et repli sur une autre position, création d’obstacles anti-chars, utilisation de mines et d’autres formes de soutien quand elles furent disponibles.
Ce sont essentiellement le terrain, l’extension de la ligne de ravitaillement, les mauvaises communications et les milliers de réfugiés jetés sur les routes qui ralentirent l’APC.
4- Désastre sur la Kum
 Le 13 juillet, le lieutnant-general Walton « Bulldog » Walker, un ancien commandant de Corps sous les ordres de Patton durant la 2e Guerre Mondiale, établit le quartier-général de la 8e Armée en Corée avec la responsabilité opérationnelles de toutes les forces de l’ONU sur le terrain.
Dans l’attente de renforts en provenance du Japon où la 25e DI et le 1er de Cavalerie (paradoxalement, une DI) étaient mobilisés à la hâte, il devait composer avec de qui restait de la 24e DI dont le seul but désormais était de ne céder le terrain que mètre par mètre jusqu’à la prochaine ligne de défense : la rivière Kum.

Dean salue le général Walker à son arrivée à Taejon
 Walker passa la consigne à Dean et à sa 24e DI en piteux état : Le 34e s’était fait sérieusement étriller la semaine précédente (le 3e bataillon fut réorganisé en tant que simple compagnie). Les 1100 hommes restants du 21e RI avaient durement souffert à Chonan et Chochiwon. Quant au 2276 hommes du 19e RI ils n’étaient que des bleus mal organisés. La tâche semblait irréalisable mais Dean redéploya ses troupes à Taepyong-Ni, un petit village au bord de la Kum, à une trentaine de Km de Taejon et à quelques Km en aval de Kongju, dont elles firent sauter l’unique pont.

Explosion d'un pont sur la rivière Kum
 Au matin du 14 juillet un avant-poste de la Cie L du 34e RI reporta que les Nord-Coréens traversaient la Kum sur des barges en amont de Kongju. A 9h30 environ 500 hommes avaient pris pied sur l’autre rive. Incapable de repérer sa section de mortier et de mitrailleuses et pris sous le feu de plus en plus précis des mortiers et de l’artillerie, le 1st lieutnant Stith fit immédiatement évacuer la Cie L de sa position qu’il avait jugée intenable. Il fut relevé de son commandement sitôt arrivé au PC du bataillon mais à cette heure le 34e RI n’avait plus de flanc gauche et l’ennemi s’engouffrait dans la brèche. A 15h, le PC du 63e régiment d’Artillerie de Campagne était débordé. Lorsqu’il apprit la nouvelle vers 15h Wadlington ordonna une contre-attaque immédiate de son 1er bataillon, sans résultat. Au crépuscule il dut se résoudre à abandonner ses positions (pour se redéployer à l’Est de Nonsan), laissant le flanc gauche du 19e RI et de ses bleus complètement à découvert. Son commandant, le colonel Guy Meloy Jr, donna au lieutenant-colonel Mc Grail une compagnie de mitrailleurs une section de mortiers de 81mm, 2 chars légers M-24 et un affût quadruple de mitrailleuses de 50 anti-aérien (soit les 2/3 de ses réserves) afin de protéger son flanc gauche.


Après plusieurs attaques mineures pour sonder les défenses américaines toute la journée du 15, les blindés et l’artillerie nord-coréens s’acharnèrent sur les hommes de Meloy à 3h du matin le 16 juillet. Une heure plus tard l’infanterie s’engouffrait dans la brèche apparue entre les Cies C et E. Trois heures plus tard la Cie C était complètement débordée et le 19 RI en passe d’être totalement enveloppé. Meloy organisa une contre-attaque avec les cuisiniers, les chauffeurs, les mécaniciens et le personnel administratif. Péniblement, le 19 RI réussit à tenir ses positions. Meloy reporta à Dean. Les 2 hommes décidèrent que le 19e RI devait se replier à la nuit tombée vers une position défensive plus proche de Taejon. Malheureusement, si Meloy pouvait défendre sa ligne de front, il n’avait plus de ressources pour défendre ses arrières des attaques d’ennemis infiltrés. Au point que lorsque le sous-lieutenant (2nd lieutnant) Nash tenta de ramener des munitions aux 1er bataillon depuis l’arrière il se trouva bloqué par un barrage ennemi. Au même moment le colonel Stratton reporta être engagé par l’ennemi sur ses positions d’artillerie. Après une attaque féroce, les Nord-Coréens se replièrent vers les collines situées au sud des batteries américaines.

Les servants d'une batterie vérifient leur équipement près de la rivière Kum (15 juillet 1950)
A 11h Meloy et le major Logan allèrent inspecter le barrage ennemi. Meloy fut blessé en organisant une tentative de prise des hauteurs avoisinantes. A 13h Logan informa Dean de la situation, le colonel Winstead du 1er bataillon assurant désormais le commandement du régiment. Dean promit l’envoi d’une force de secours mais pas avant 15h30. Puis le camion-radio régimentaire explosa coupant tout contact avec la Division. Winstead ordonna à Logan de réduire le barrage et de rallier la force de secours au plus tôt. Après avoir ordonné à son bataillon de se préparer pour la retraite (13h30) Il fut tué en tentant de revenir vers la ligne de front.
Les tentatives de destruction du barrage se passèrent plutôt mal. Les tanks ne parvenaient pas à localiser l’ennemi caché derrière des écrans de fumée. En tentant d’aider leurs camarades, un escadron de 4 F-51s désorganisa complètement l’assaut américain qui reflua en désordre sur les pentes de la colline à prendre. Une autre tentative des cuisiniers, mécaniciens et personnel administratif n’aboutit pas plus.
A 14h30 Logan partit à la rencontre de Dean qu’il trouva 2 heures plus tard après un large mouvement tournant. Dean amenait avec lui 4 canons anti-aériens, équipés de mitrailleuses et 2 tanks légers. Mc Grail conduisit l’attaque. Les 4 canons, chargés de soldats, furent rapidement pris sous le feu ennemi et détruits. Environ 90% des hommes embarqués furent blessés ou tués. Après plusieurs tentatives de destruction des nids de mitrailleuses et à court de munitions, les tanks durent repartirent vers l’arrière. 
Puisque le barrage ne pouvait être réduit ni par le Nord, ni par le Sud les hommes du 19e RI n’eurent d’autres ressource que de retraiter vers l’Est, à pied, par les collines.
Le 16 juillet fut un jour noir pour le 19e RI. Sur les 900 hommes positionnés sur la berge de la rivière Kum le 14 juillet, 434 étaient prêts à repartir au combat au matin du 17. Les pertes totales du régiment, unités rattachées et artillerie comprises furent de 650 pour 3401, soit 19%. La Cie C avait à elle seule perdu 122 hommes sur 171 (71%) et 17 officiers avaient été tués.
 La bataille de la Kum mit en évidence ce qu’il arrive lorsqu’un défenseur n’a pas ou peu de réserves pour faire face à la pénétration et aux mouvements de flanc de l’ennemi. Meloy demeurera persuadé que s’il n’avait pas dû abandonner la plupart de ses réserves après l’effondrement du 34e RI à Kongju il aurait pu tenir ses positions et empêcher ou détruire le barrage ennemi depuis les hauteurs.
Les hommes avaient résisté au choc frontal de la 3e Division de l’APC mais n’avaient pu réussir à organiser une contre-attaque digne de ce nom à compter de la mise en place du barrage. A midi ils étaient totalement démoralisés. La plupart étaient littéralement épuisés après des heures de combat sous un soleil de plomb. Ils refusèrent tout simplement de monter à l’assaut des mitrailleuses ennemies.
 La 3e Division de l’APC avait parfaitement réussi la tactique caractéristique qui lui réussissait depuis le début de la guerre : Attaque de front et double enveloppement par les flancs, résultant en ce terrible barrage qui fit tant de mal au 19e RI.
 Alors qu’une seule compagnie  n’avait pas résisté à l’avance ennemie du matin du 14 juillet, c’est tout le système de défense de la Kum qui s’était effondré en moins de 72h.

Sources :
Roy E. Appleman, South to the Naktong-North to the Yalu, Center of Military History
Max Hastings, The Korean War, Pan Books
Carter Malkasian, The Korean War 1950-53, Osprey
John Toland, In mortal combat : Korea 1950-1953, Quill
Http://www.quartermaster.army.mil/oqmg/professional_bulletin/1996/spring/tfsmith.html
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Mar 2 Oct - 19:44 (2007)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Cpt.Baptiste
GROUPE CREVECOEUR

Hors ligne

Inscrit le: 02 Avr 2008
Messages: 1 098
Localisation: Rouen

MessagePosté le: Dim 3 Avr - 13:49 (2016)    Sujet du message: Guerre de Corée (2) : Retraite vers le Naktong (1ère partie) Désastre sur la Kum Répondre en citant

remise a neuf du sujet! 


la suite bientot avec le regroupement des sujets
Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 12:44 (2016)    Sujet du message: Guerre de Corée (2) : Retraite vers le Naktong (1ère partie) Désastre sur la Kum

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Le bataillon Français de l'ONU en Corée. 1950-1953. French Battalion in the Korean War Index du Forum -> LE BATAILLON FRANÇAIS DE L'ONU EN COREE. -> HISTOIRE, BIBLIOGRAPHIE ET REVUE DE PRESSE -> Histoire de la Guerre de Corée (Hors BF/ONU) Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | créer son forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com