Le bataillon Français de l'ONU en Corée. 1950-1953.  French Battalion in the Korean War  Index du Forum

Le bataillon Français de l'ONU en Corée. 1950-1953. French Battalion in the Korean War
Forum de l'association "Crèvecoeur", Association "Loi 1901" de reconstitution historique sur Le bataillon Français de l'Onu en Corée.

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 



 A la une: 
L'association CREVECOEUR est désormais labellisée par le Service Historique du Ministère de La Défense,  reconnu pour son authenticité et sa véracité lors de ses reconstitutions historiques, ayant pour thème le Bataillon Français de l'ONU en Corée.
La guerre de Corée(3):Le périmètre de Pusan(8e Partie-1) Assaut à l'Est

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Le bataillon Français de l'ONU en Corée. 1950-1953. French Battalion in the Korean War Index du Forum -> LE BATAILLON FRANÇAIS DE L'ONU EN COREE. -> HISTOIRE, BIBLIOGRAPHIE ET REVUE DE PRESSE -> Histoire de la Guerre de Corée (Hors BF/ONU)
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Ltc Taplett
Invité

Hors ligne




MessagePosté le: Sam 29 Déc - 16:52 (2007)    Sujet du message: La guerre de Corée(3):Le périmètre de Pusan(8e Partie-1) Assaut à l'Est Répondre en citant

LA GUERRE DE COREE
Le périmètre de Pusan : 8e Partie
Assaut final (1) : Assaut à l’Est
Pour la plupart de ceux qui vécurent les batailles du périmètre de Pusan du début septembre 1950, ce fut une période de grande confusion. Tant d’actions simultanées eurent lieu qu’il est difficile d’en donner une vue d’ensemble. Cette première partie du chapitre 8 se concentrera donc sur les batailles de la côte Est près de P’ohang-Dong jusqu’à Taegu et le Naktong. Les parties suivantes traiteront des évènements qui eurent lieu dans la partie Sud du périmètre.
Il convient de rappeler qu’aucune des batailles de cette phase de la guerre ne fut un évènement isolé mais juste un maillon de la chaîne d’attaques menées par l’APC. Ainsi le 3 septembre le général Walker n’eut pas moins de 5 menaces distinctes à affronter : Pénétration ennemie à P’ohang-Dong, coupure du corridor Taegu/P’ohang-Dong à Yongch’on, inquiétantes avancées ennemies dans les hauteurs surplombant Taegu, nouvelle percée au niveau du saillant du Naktong et menace de contournement de la 25e DI à Masan.

1. P’ohang-Dong
A. La Task Force Jackson
Le I Corps d’Armée de l’ARC avait prévu son propre assaut pour le 2 septembre mais les 5000 hommes de la 12e DI de l’APC en décidèrent autrement. Bien que s’étant réorganisés après leur défaite dans le secteur Kigye-P’ohang-Dong, les Nord-Coréens souffraient du manque de ravitaillement en nourriture, armes et munitions et le moral était globalement bas. Le 26 août, sûrs de leur victoire, les officiers américains et sud-coréens du secteur se congratulaient mutuellement et envisageaient la fin de la guerre pour Thanksgiving.
La Division de la Capitale était la plus proche de la 12e DI. A 4h00 le 27 août une compagnie de son 17e RI fut balayée par un assaut ennemi au nord de Kigye. Conséquemment, tout le régiment céda et battit en retraite, laissant le flanc du 18e RI à découvert et entraînant la retraite de ce dernier. Le 17e RI perdit le contrôle de Kigye même et toute la division reflua à 5km au sud de la vallée.

Plan de l'assaut nord-coréen à l'Est
Lors du briefing qui eut lieu au QG de la 8e Armée à Taegu ce même jour Walker envoya le nouvellement arrivé major-général John B. Coulter le représenter sur cette portion du front avec la promesse de l’envoi d’un régiment de la 24e DI en soutien. A 12h00 Coulter prit à Kyongju le commandement de la Task Force Jackson : I Corps de l’ARC, 21e RI (24e DI US), 3/9e RI (2e DI US) et 73e bataillon de chars moyens (moins la Cie C).

John B. Coulter
A son arrivée à Kyongju Coulter put constater que le I Corps était en passe de se désintégrer et que son moral était au plus bas. Il en réunit l’Etat-major pour leur démontrer le risque que leur échec faisait peser sur l’ensemble du périmètre. La mission de Coulter était de réduire la pénétration ennemie dans le secteur de Kigye et de sécuriser les hauteurs allant de Yongch’on à Wolp’o-Ri sur la côte, à 20km au nord de P’ohang-Dong.
La désorganisation de l’ensemble de l’Armée sud-coréenne était telle que l’attaque coordonnée prévue par Coulter ne put avoir lieu le 28 comme prévu.
Dès l’arrivée du 21e RI du col. Stephens dans l’après-midi du 27 août, Coulter l’envoya à An’gang-Ni, derrière la Division de la Capitale. Prêt à monter au feu pour le lendemain, le régiment dut y renoncer après que le 17e RI de l’ARC ait perdu ses positions sur les hauteurs de la vallée de Kigye durant la nuit. Le régiment réoccupa le terrain perdu dans l’après-midi du 28 pour l’abandonner de nouveau dans la nuit.
Au même moment certains éléments de la 5e DI de l’APC perçaient les lignes de la 3e DI sud-coréenne au S-O de P’ohang-Dong. Coulter ordonna à Stephens de contre-attaquer. Le 29 août ce dernier envoya la Cie B, soutenue par un peloton de la Cie B du 73e bataillon de chars moyens. La contre-attaque réussit, les Américains repoussant l’APC sur 2,5km. Les Sud-Coréens reprirent alors les positions à leur compte, le 21e RI se repliant sur P’ohang-Dong. Dans la nuit, l’ARC perdit le terrain conquis et Stephens dut renouveler l’opération de la veille. Il reçut alors l’ordre de remplacer la 3e DI de l’ARC sur un secteur s’étendant partant de 1km au nord jusqu’à 3km au nord-ouest de P’ohang-Dong.
Toujours le 29, et avec le soutien de l’artillerie et de blindés américains, la Division de la Capitale reprit Kigye et parvint à tenir la ville durant la nuit pour finalement l’abandonner à l’aube. En désespoir de cause, l’Air Force se mit à harceler le secteur.
Parallèlement à l’action de l’Air Force à Kigye, la Navy apporta son soutien contre la 5e DI sur la côte Est. Un croiseur et 2 destroyers concentrèrent leurs tirs autour de Hunghae, à 8km au nord de P’ohang-Dong, où se trouvait le centre de rassemblement et de ravitaillement des troupes nord-coréennes. Malgré cela, la bataille continua de plus belle.
Le 1er septembre, une reconnaissance aérienne permit d’affirmer que 2500 soldats ennemis s’étaient infiltrés dans une brèche existante entre les 17e et 18e RI de la Division de la Capitale.
Au nord de P’ohang-Dong la côte 99, située face au 23e RI (ARC) devint rapidement « célèbre » du fait des terribles engagements destinés à en prendre le contrôle. Malgré le soutien de l’artillerie et de l’aviation US, la 3e DI ne put s’en emparer et subit de lourdes de pertes. Le 2 septembre Stephens envoya le 21e RI en renfort à partir du N-O. La progression fut faible, voire inexistante, pour de nombreuses pertes. A 15h25 la Cie K dont l’objectif était précisément la côte 99, reporta ne plus compter que 35 hommes en état de combattre. Elle ne put en définitive chasser les Nord-Coréens de leurs positions solidement retranchées desquelles ils jetaient des pluies de grenades. Deux blindés du 6e bataillon furent perdus dans l’assaut, l’un à cause d’une mine, l’autre pour avoir déchenillé.
Au crépuscule, l’ennemi s’infiltra entre la Division de la Capitale et la 3e DI à 5km à l’Est de Kigye.

Attaque de la côte 99 par la Cie K (3/21)
Le lendemain matin, à 1h30, la 12e DI attaqua la Division de la Capitale qui s’effondra. A l’aube du 3 septembre les Nord-Coréens avaient atteint l’artère vitale que représentait la route Ouest-Est située à 5km à l’est d’An’gang-Ni.
La tournure que prenaient les évènements força le général Coulter à retirer le 21e RI de P’ohang-Dong pour le concentrer dans le voisinage de Kyongju. Le 2e bataillon du ltc Gines Perez avait rejoint le régiment en tant que son très attendu troisième bataillon le 31 août mais Coulter avait préféré le garder en réserve à An’gang-Ni. Le 2/21 positionna sa défense en forme de fer à cheval autour de la ville.
Walker activa alors la nouvellement constituée 7e DI de l’ARC pour contrer la pénétration ennemie. Son 5e régiment arriva à Yongch’on dans l’après-midi, le 3e (moins un bataillon) à Kyongju dans la soirée.
Coulter pouvait utiliser le 3/9 RI (2e DI US), le bataillon blindé régimentaire du 9e et le 15e bataillon d’artillerie de campagne selon ses besoins. Ces unités, alors basées à l’aérodrome de Yonil pour sa défense n’avait pas encore été engagées où que ce soit. Les 2 batteries de DCA présentes (865e et 993e) ne devaient par contre en être déplacées qu’en cas d’extrême urgence.
Le 3 septembre le ltc Emmerich, conseiller américain de la 3e DI sud-coréenne, envoya à Coulter un message précisant que celle-ci était sur le point de se retirer de P’ohang-Dong. Coulter ordonna immédiatement au commandant en chef du I Corps d’interdire un tel mouvement. Il vérifia personnellement toutes les demi-heures que la division était toujours en place.
Durant la nuit tout le front du I Corps s’effondra. Trois blindés ennemis débordèrent une batterie d’artillerie sud-coréenne et dispersèrent 2 bataillons fraîchement arrivés du 5e RI. Après une préparation de mortiers les Nord-Coréens entrèrent à An’gang-Ni à 2h20. Une heure plus tard le PC de la Division de la Capitale quittait la ville. Les combats devinrent de plus en plus confus. A 4h00 les blindés américains positionnés en soutien cessèrent le feu pour ne pas risquer de tirer sur leurs alliés maintenant définitivement mêlés aux troupes ennemies.
A l’aube la Cie G du 21e RI s’aperçut qu’elle était sur le point d’être encerclée. Les soldats sud-coréens avaient disparu. A 18h10 la compagnie décrocha pour s’enterrer plus à l’Est, près du pont qui traverse la Hyongsan-Gang. L’APC tenait désormais la ville et tendait à s’étendre vers le sud, le long de la voie ferrée.
Après avoir reçu l’ordre de retirer son bataillon et de rejoindre le régiment à Kyongju, le ltc Perez dut franchir un barrage ennemi sur la rive est de la Hyongsan-Gang, à 5km au S-E d’An’gang-Ni. Se rendant compte que la Cie G manquait à l’appel, Stephens lui ordonna de retourner la chercher, ce qui fut fait les armes à la main, un peloton de tanks en soutien. Les tirs ennemis firent décheniller 3 Patton, abandonnés puis détruits par l’artillerie US pour en éviter la récupération par l’ennemi. Le 2/21 fut enfin rassemblé à Kyongju aux alentours de midi.
A cette heure l’APC avait d’ores et déjà établi plusieurs barrages le long de la route An’gang-Ni/Kyongju, jusqu’à 5km de cette dernière. Une brèche de 3km existait entre la Division de la Capitale et la 3e DI dans le secteur de P’ohang-Dong. Mais là n’était pas le pire. C’est une brèche de près de 15km qui s’étendait entre la Division de la Capitale et la 8e DI au N-O de Kyongju. Coulter envoya le 21e RI se positionner sur les hauteurs de la large vallée de la Hyongsan pour tenter de bloquer toute tentative ennemie de ce côté.
Malgré les craintes du commandant du I Corps qui demandait l’évacuation de la ville, Coulter maintint son PC à Kyongju. Mais l’assaut escompté n’arriva pas. Durant la nuit l’APC bifurqua vers l’Est en direction de l’aérodrome de Yonil.
Du côté de P’ohang-Dong la situation s’aggrava. A 2h00 le 5 septembre le col. Emmerich s’entretint avec le ltc. McMains, en charge du 3/9 à Yonil, de la situation de la ville. Il obtint un peloton de chars qu’il plaça en défense. A 5h30, il apprit que le 22e RI sud-coréen avait cédé ses positions. L’ennemi profita de la brèche ainsi créée pour se rapprocher de la ville. A 11h00, les blindés furent attaqués par 5 canons automoteurs. Mal leur en prit. Le canon de tête fut détruit et après un bref mais intense échange de tirs, les 4 autres préférèrent se retirer. Ils n’allèrent pas loin, réduits en pièces par les tirs d’artillerie et les frappes aériennes qu’Emmerich dirigea sur eux.
A 14h35 consigne fut donnée d’évacuer tout le matériel et ravitaillement de l’aérodrome de Yonil.
Dans la nuit du 5 au 6 septembre, la situation à P’ohang-Dong atteint son paroxysme. Après qu’une dizaine d’obus de mortiers soient tombés tout près, la 3e DI déplaça son PC qui fut de nouveau soumis à des tirs d’artillerie. L’ennemi pouvait observer et diriger ses tirs. Le commandant en chef et son officier de renseignement tombèrent « malades » et firent abandonner la ville qui fut prise dans la foulée. Le commandant du I Corps et de la 3e DI furent par la suite relevés de leurs fonctions.
L’énorme brèche existant entre la Division de la Capitale et la 8e DI empêchait cette dernière d’être sous commandement effectif du I Corps. Le 5 septembre l’ARC décida donc de la rattacher au 5/7e DI du II Corps. Cette passation de commandement eut lieu au moment où la 15e DI de l’APC pénétrait les lignes de la 8e DI pour s’emparer de Y’ongchon. De son côté le 3/7 se dirigeait vers la ville.
Les gains territoriaux enregistrés par les Nord-Coréens le 4 septembre incitèrent le général Walker à amener davantage de troupes dans le secteur. La 24e DI, alors sur le point de relever les Marines dans le saillant du Naktong, reçut l’ordre de se rendre immédiatement à Kyongju. Sous une pluie battante et sur des routes boueuses les fantassins se mirent en marche à 13h00 le 5 septembre et arrivèrent pour la plupart à destination juste avant minuit.
B. La Task Force Church
A 12h30 le 7 septembre la Task Force Jackson fut renommée Task Force Church (du nom du commandant de la 24e DI, désormais en charge du Front Est), Coulter retournant à l’Etat-major à Taegu. Le 8, Church déplaça son PC de Kyongju à Choyang-Ni, 7km plus au sud.
Sur les collines bordant la vallée entre An’gang-Ni et Kyongju le combat entre Nord et Sud-Coréens continuait sous une pluie de mousson interdisant à peu près tout soutien aérien. Le 3/19 (24e DI) fut physiquement impliqué dans la bataille en cours juste après minuit dans la nuit du 8 au 9 septembre. La Cie K fut chassée de la côte 300, position défensive à mi-chemin entre les 2 villes. Malgré les contre-attaques de la journée du 9, l’ennemi tint ses nouvelles positions. La colline ne sera finalement reprise que le 11.
Plus au nord, sur le flanc gauche de la vallée, le 17e RI de l’ARC parvint à prendre la côte 285 avec le soutien du 13e d’AdC et à la tenir malgré les nombreuses contre-attaques. Sur l’autre flanc le 18e RI ne parvint qu’à obtenir de maigres gains territoriaux.
A cette date l’APC s’était répandue en arc de cercle sur les collines de l’ouest et du sud de P’ohang-Dong. Environ 1600 hommes avaient atteint les côtes 482 et 511, entre 6 et 8km au S-O de Yonil. Face à eux 2 régiments de la 3e DI sud-coréenne que la pression exercée contre eux menaçait de briser.
Au soir du 9 septembre le général Church constitua la Task Force Davidson pour éliminer cette menace. Cette dernière était constituée des éléments suivants : 19e RI moins le 3e bataillon, 9e RI et sa compagnie de blindés, Batterie C du 13e D’AdC, Batterie A du 15e d’AdC, 3e bataillon de Génie de combat, 2 batteries de DCA et divers autres éléments.
L’ennemi contrôlant toutes les autres voies d’approche, la Task Force Davidson dut passer la journée du 10 à longuement le contourner par le sud pour arriver à 1.5km de l’aérodrome vers 19h00. Arrivé à Yongdok-Tong tôt dans la matinée, le général Davidson fut briefé par le col. Emmerich de la situation. L’APC avait chassé les Sud-Coréens de la côte 131, charnière de la ligne formée par les 2 régiments placés en défense. Les 2 officiers convinrent qu’il était indispensable qu’elle soit reprise durant la nuit avant que la Task Force ne traverse la 3e DI pour s’emparer de la principale position ennemie : la côte 482. Ils pensaient que s’ils installaient les Sud-Coréens là-bas, ceux-ci seraient capables de conserver le secteur par eux-mêmes. Durant la nuit, l’ARC parvint à reprendre la côte 131 comme prévu.
Le lendemain matin le 19e RI, 1er bataillon en tête, passa à travers les lignes alliées et s’empara da première ligne de collines située à 3km de sa base de départ sans rencontrer d’opposition. Le 2e bataillon dépassa alors le 1er pour attaquer la côte 482. Parfaitement retranchées, les mitrailleuses nord-coréennes bloquèrent toute avance pour la journée. Au matin du 12, 4 pilotes australiens bombardèrent les positions ennemies au napalm, suivis par l’artillerie. Le 2/19 se lança alors à l’assaut et parvint à sécuriser la côte avant midi. Dans l’après-midi l’ARC releva la Task Force qui redescendit dans la vallée au S-O de Yongdok-Tong pour la nuit. Le lendemain elle repartait à Kyongju.
C’est en date du mardi 12 septembre que l’on peut déclarer l’offensive nord-coréenne de l’Est du périmètre de Pusan comme terminée. La 12e DI est alors virtuellement détruite et la 5e tente de rassembler ses survivants près de P’ohang-Dong. La Division de la Capitale se lança alors à la poursuite de la première, la 3e DI se chargeant de la seconde.
La Task Force Church fut dissoute à midi le 15 septembre. L’ARC reprit le contrôle de son I Corps et la 24e DI se regroupa à Kyongsan, où elle retrouva le 21e RI arrivé la veille. Le 9e RI demeura temporairement à Kyongju en réserve.
2. Yongchon
Le 1er septembre les 8e et 15e DI nord-coréennes se tenaient prêtes à couper la route Taegu/P’ohang-Dong en coordination avec l’offensive menée dans le secteur de Kigye. La 8e DI se trouvait à 35km au N-O de Yongchon, le long de la route Andong/Sinnyong/Yongchon, face à la 6e DI de l’ARC. La 15e DI était regroupée sur une pauvre route de montagne juste au sud d’Andong, à plus de 50km au nord de Yongchon qu’elle avait ordre de prendre à tout prix. Face à elle, la 8e DI sud-coréenne.
En 10 jours de combat la 8e DI ne progressa que de quelques km, ne parvenant à prendre Hwajong-Dong (à plus de 20km au N-O de Yongchon) que le 12 septembre. Ce faisant, elle perdit la quasi-totalité des 21 nouveaux chars que la 17e brigade blindée lui offrait en soutien. En fait, elle fut pratiquement détruite par la 6e DI, fortement soutenue par l’artillerie et l’aviation alliées.
Bien que dramatiquement en sous-effectifs (3600 hommes en 3 régiments), la 15e DI se lança à l’assaut le 2 septembre. L’effet de panique provoqué au sein d’un régiment de la 8e DI par la percée d’un char lui permit de prendre Yongchon 4 jours plus tard. Les assaillants ne demeurèrent pas dans la ville même et prirent position sur les collines du sud et du sud-est.
De là, les Nord-Coréens avaient le choix : Prendre la 1e DivCav à revers en allant vers l’Ouest, en direction de Taegu ou faire de même avec la Task Force Jackson en se dirigeant vers l’Est. La réaction rapide du général Walker ne leur permettra pas d’exploiter leur percée.
Le lendemain le 5e RI (7e DI de l’ARC) parvint à reprendre la ville en attaquant par l’Est avant de s’installer en défense au Nord. Le 8 septembre de nouveaux éléments de la 15e DI reprirent la ville pour en être chassés dans l’après-midi par une contre-attaque du 11e RI (1e DI de l’ARC). Quelques unités tenaient cependant encore la gare et l’on savait peu de choses de celles situées plus au sud et au sud-est, sur la route de Kyongju. C’est là qu’un régiment d’artillerie s’avança imprudemment au devant de l’infanterie et se fit anéantir par des tirs de contre-batterie après avoir épuisé ses munitions.
L’arrivée des 5e et 11e RI sud-coréens dépêchés par Walker marqua le début d’une action si dure que les unités ennemies ne purent en aucun cas se regrouper afin de mener une action coordonnée. Entre le 9 et le 10 septembre la 15e DI fut encerclée et détruite au sud-est de Yongchon.
3. La 8e Armée en crise
Aux alentours 5 septembre, l’Etat-Major de la 8e Armée était sur le point d’être dépassé par les évènements et la 8e Armée sur celui de s’effondrer.
L’ARC et la plupart des divisions américaines étaient à la limite de la rupture. Les Nord-Coréens avaient capturé P’ohang-Dong, et s’approchaient de Kyongju à l’Est. Waegwan et Tabu-Dong étaient entre leurs mains au nord de Taegu où la 1e DivCav devait se replier face à l’assaut communiste (Cf. infra). La 2e bataille du saillant du Naktong était en cours et la 25e DI avait été coupée en 2 plus au sud (nous aborderons ces évènements dans les prochains chapitres). Fallait-il les retirer jusqu’à la ligne Davidson (Cf chap.7) ? Dans la nuit Walker demanda à son chef des opérations de préparer la retraite sur cette ligne. A 5h00, les ordres étaient prêts à être communiqués à toutes les unités mais Walker s’était entretemps résolu à tenir bon.
Quoi qu’il en soit, la situation s’était tellement dégradée sur le front de la 1e DivCav que le 5 septembre le QG de la 8e Armée évacuait Taegu pour s’installer un peu au nord de Pusan, dans une ancienne école. La raison principale de ce mouvement était la protection du matériel de communication, sans équivalent en Extrême-Orient et donc difficilement remplaçable, au moins à court terme.
Le brigadier-général Crump Garvin, en charge de toute la logistique du alliée, ordonna à ses hommes de se mettre en position de défense sur les hauteurs bordant la ville et le port de Pusan quand et si la situation le demandait.
Quant aux civils, certains notables commencèrent à quitter Pusan dès le 5 septembre pour l’île de Tsushima, à mi-chemin entre la Corée et le Japon. Les Chinois les plus riches et les plus influents prévoyaient de leur côté un départ pour Formose (Taïwan) à compter du 8.
Ce début du mois de septembre 1950 mit Walker à l’épreuve comme jamais. Peu démonstratif, peu populaire auprès de la Presse, et parfois de ses hommes tant était grand son niveau d’exigence, Walker justifia sa réputation de « Bulldog » à une époque ou nombre de ses subordonnés étaient sur le point de jeter l’éponge. Il aurait dit à un de ses généraux qu’il ne voulait pas le revoir de retour du front, à moins que cela ne soit dans un cercueil. Célèbre pour son commandement de la 3e DB dans une guerre offensive, il démontra qu’il était tout autant à même de mener une action défensive, même dans des conditions difficiles.
4. La 1e DivCav à Taegu
A. La côte 518
Dans le cadre du plan d’assaut général de l’APC contre le périmètre de Pusan, les 3e, 13e et 1e DI se préparaient à converger vers Taegu à partir du nord et du nord-ouest. La 3e DI devait attaquer le secteur de Waegwan, les 2 autres devant fondre sur la ville de puis les hauteurs du nord.

Position de mitrailleuse .50mm de la 1e DivCav, 26 août 1950
En défense de la ville, la 1e DivCav tenait un front de plus de 50km. Le général Gay avait placé des avant-postes sur les principaux axes d’attaques possibles et gardé ses 3 régiments en réserve. Gay contrôlait initialement le 3/23 (2e DI) à l’extrémité S-O de sa ligne avant que ce dernier ne soit relevé par la 27e brigade britannique. Plus au nord le 5e RI défendait le secteur de Waegwan et de la principale route menant à Seoul. Sur son flanc droit, le 7e RI contrôlait le secteur montagneux allant de cette route à celle de Sangju. Le 8e RI fermait le ban.
Préoccupé par les assauts menés dans le secteur sud du périmètre (2e et 25e DI), Walker ordonna le 1er septembre à la 1e DivCav de mener une attaque de diversion dans son secteur. Gay et son Etat-major se préparèrent alors à attaquer la côte 518, dans le secteur du 7e RI.
L’assaut prévu coïncida avec la reddition du major Kim Song Jun, chef du 3e bureau (opérations) du 19e RI de la 13e DI de l’APC. Il affirma qu’une attaque de grande envergure était prévue à l’aube du même jour. Selon lui, la 13e DI venait de récupérer 4000 hommes en renfort (dont 2000 sans armes) et en alignait désormais 9000. Gay ordonna immédiatement à toutes les unités de première ligne de se tenir prêtes, sans pour autant annuler l’assaut prévu sur la côte 518 qui devait être poursuivi par la prise de la côte 314. L’aviation et 40 pièces d’artillerie (soit les 4/5e de l’artillerie divisionnaire) devait préparer le terrain pour les fantassins.

Point d'observation de la 1e DivCav surplombant la côte 518
A 10h00 le 2 septembre, après que l’Air Force et l’artillerie aient matraqué la zone, le 7e RI se mit en marche. Le plan prévoyait une attaque du 1er bataillon, soutenu sur son flanc gauche par le 2e. Le fraîchement constitué 3e bataillon se trouvait derrière celui-ci, en réserve. Le 1/7 devait suivre une étroite ligne de crêtes en colonne par compagnies. En fait, la topographie du terrain était telle que l’avancée se fit en colonne par pelotons avant de finir en colonne par sections, réduisant pour le moins considérablement la puissance de feu de 1ère ligne.
Les bombardements préalables n’avaient pas réussi à déloger les Nord-Coréens de leurs positions. A coups de mortiers et de mitrailleuses, ils stoppèrent le 1er bataillon au pied de la colline. Dans l’après-midi ce dernier se retira pour porter ses efforts au nord-est sur la côte 490 d’où provenaient des tirs de soutien ennemis.
Le lendemain c’est le 3e bataillon qui partit à l’assaut, avec les mêmes résultats. Une nouvelle tentative le 4 septembre n’eut pas plus de succès. Un observateur avancé ennemi capturé affirma que 1200 de ses compatriotes étaient retranchés sur la colline, pourvus de mortiers de 82 et 120mm.
Pendant ce temps, sur la droite, le 2/5e RI parvint à prendre la côte 303 le 4 septembre. Le lendemain, il eut les plus grandes difficultés à repousser les contre-attaques ennemies. A cette date, il était devenu évident que l’ennemi attaquait en force et que, malgré les soutiens conjugués de l’Air Force et de l’artillerie, un grand nombre de troupes ennemies étaient parvenues à s’infiltrer sur les arrières de la division. Le peloton de reconnaissance envoya un dernier message indiquant que la côte 464, à l’opposé de la 518 était aux mains de l’ennemi avant de détruire sa radio et son armement.
Dans la nuit de nombreux Nord-Coréens s’infiltrèrent entre le 2e et le 3e bataillon du 7e RI pour renforcer l’occupation de la côte 464. Le 5 septembre, bien qu’il ne le sache pas, le régiment avait plus d’ennemis sur 464, soit derrière lui que sur 518. La route de Waegwan/Tabu-Dong était coupée sur son flanc droit (Est). De fait, le régiment était clairement menacé d’encerclement. Les troupes US amorcèrent un mouvement de repli des abords de la côte 518. Le mouvement fut confirmé ce jour par Gay qui ordonna un repli général de la 1e DivCav afin de raccourcir ses lignes et occuper de meilleures positions défensives.


l'assaut nord-coréen autour de Taegu
B. La retraite du 7e RI
Le 5 septembre, le col. Cecil Nist ordonna au 2e bataillon de nettoyer la côte 464 le soir même. En clair cela signifiait le désengagement de la ligne de front pour attaquer sur ses arrières une colline qu’aucune des unités engagée jusque là n’avait réussi à prendre.
Sur le flanc gauche, la côte 303 tenue par le 2/5 fut violemment prise à partie par les Nord-Coréens le jour même. Malgré les demandes du chef de bataillon, le col. Crombez refusa que tout mouvement tant que le 7e RI n’avait pas achevé sa manœuvre de désengagement. Le 2/5 finit par abandonner ses positions le 6 septembre après avoir subi plusieurs pertes.
Des trombes d’eau s’abattirent sur le secteur durant la nuit, rendant tout mouvement motorisé des plus difficiles. Le 1er bataillon se retira sans rencontrer d’opposition. Tout semblait aller pour le mieux pour le 3e bataillon jusqu’à ce qu’il approche de Waegwan à l’aube où des tirs de mortier lui firent subir 18 pertes.
Le 2e bataillon débuta sa manœuvre à 3h00 le 6 septembre. Il laissa derrière lui 2 tanks, l’un en panne, l’autre immobilisé par la boue. Le 2/7 se scinda en 2 groupes : La Cie G, chargée d’attaquer la côte 464, le reste du bataillon ayant pour mission de prendre la côte 380, 800m plus au sud.
Les Nord-Coréens comprirent rapidement que le 2/7 se repliait et l’attaquèrent, tuant son commandant, le major Omar T. Hitchner et le chef du 3e Bureau, le cpt. James T. Milam.
A l’aube, le bataillon se rendit compte qu’il était encerclé.
L’unité la plus durement touchée fut la Cie G, complètement coupée de ses sœurs et ne comprenant plus que 80 hommes. Elle manœuvra toute la journée autour et sur les pentes de 464 sans jamais en atteindre le sommet. En milieu d’après-midi elle reçut l’ordre de se replier durant la nuit. Laissant 6 cadavres sur place et transportant ses blessés sur des brancards improvisés faits de ponchos et de branches, elle entama son repli sous une pluie battante. A mi-chemin, un barrage d’artillerie ami tua un sous-officier et blessa le cpt. Herman L. West. Malgré un début de panique, ce dernier parvint à rassembler ses hommes et à leur faire atteindre la base Est de 464 où ils se mirent sur la défensive. Ce n’est que le lendemain que la Cie put décrocher et rejoindre le reste du bataillon à l’Est de la côte 380. De là, le 2/7 partit en direction du secteur du 5e RI, plus au sud-ouest.
Le même jour, un peu plus à l’Est, le 1er bataillon fut violemment attaqué, le poste de secours avancé se trouvant même débordé par l’ennemi avant de le repousser. Durant la nuit, la division lui donna l’ordre de se raccrocher au 5e RI. Le reste du régiment se mit en réserve près de Taegu.
Dans la nuit du 7 au 8 le 5e RI recula de nouveau sur ordre pour se mettre en position défensive le long de la route Seoul-Taegu au sud de Waegwan. Alors que l’APC amenait davantage de renfort, elle déclara officiellement le 8 septembre qu’elle avait pris la ville.
Le 9 septembre, la situation empira encore pour la 1e DivCav. Sur son flanc gauche, le 1/5 dut se replier de la côte 345, à 5km à l’Est de Waegwan. L’ennemi poussa son avantage et tout le 5e RI se trouva durement attaqué, principalement entre les côtes 203 et 174. Ce n’est qu’après 4 assauts que le 1/7 parviendra à prendre la 174, juste avant de rejoindre son régiment.
C’est avec les plus grandes difficultés que le 5e RI parvint à maintenir ses positions sur la côte 203. Entre minuit et 4h00 le 13 septembre les Nord-Coréens se lancèrent de nouveau à l’attaque et parvinrent à en chasser la Cie E. Les mêmes causes eurent les mêmes effets sur les côtes 174 (Cie L) et 188 (Cies B et F). Dans l’après-midi une contre-attaque permit de reprendre la côte 188, au sud de la route, mais pas les côtes 174 et 203, au nord.
Le 14 la Cie I partit reprendre la côte 174 qui avait à cette date changé 7 fois de mains. Elle ne put en prendre qu’un flanc, au prix de 82 pertes. Pendant une semaine encore, Alliés et Nord-Coréens se grenaderont mutuellement pour tenter d’en prendre le contrôle total.
Ces combats avaient lieu à moins de 15km à vol d’oiseau de Taegu.
C. Ka-San
Ainsi que l’avait prédit l’officier nord-coréen capturé la veille, l’assaut de ses compatriotes débuta dans la nuit du 2 septembre, particulièrement dans le secteur de « Bowling Alley ». Là, il prit à partie un 8e RI mal déployé et sans réserves tactiques. Le 2/8 fut débordé et chassé de la côte 448, à l’ouest de la Bowling Alley et à 3km au nord de Tabu-Dong. Bien que non directement attaquée la Cie E se trouva encerclée et dut de replier en catastrophe par des chemins détournés.
Le ltc Harold K. Johnson, en charge du 3/8 avait placé la Cie I en verrou juste au nord de Tabu-Dong. A 2h00 du matin elle fut violemment attaquée par 2 blindés et de l’infanterie de soutien. Malgré plusieurs pertes, elle parvint à repousser l’ennemi.
Le 2e bataillon se replia à travers le 3e, rassemblé à la hâte au sud de la ville. Dans la journée certains éléments de la 1e DI de l’APC repoussèrent le peloton de reconnaissance et un détachement de police sud-coréen de Ka-San (côte 902), à 6km à l’Est de Tabu-Dong.
Ainsi, le 3 septembre, la 8e Armée avait perdu Tabu-Dong et le plus haut point du secteur, à 16km de Taegu.
La côte 902 différait des autres hauteurs du secteur dans la mesure où son sommet était une surface à peu près plane en forme d’ovale. Cet ovale faisait partie d’une crête de plus d’1.5km de long dont la  largeur variait entre 200 et 800m, d’une hauteur comprise entre 755 et 902m. De part et d’autre les pentes étaient abruptes. Des siècles auparavant les Coréens avaient bâti un mur de pierres de 10m de haut et fortifié le sommet. En 1950 le sommet était recouvert de broussailles et de pins de petite taille. On y trouvait aussi quelques cultures en terrasse et à l’extrémité nord le temple bouddhiste de Poguk.

Ka-San (côte 902)
Lorsque la 1e DivCav prit remplaça la 1e DI de l’ARC dans le secteur, elle envoya une patrouille de reconnaissance au sommet de Ka-San. Elle y trouva 156 policiers sud-coréens qui, après discussion entre le général Gay et la 8e Armée, furent rattachés aux Américains. Arguant d’une ligne de front bien trop longue, Gay ne voulait pas conserver Ka-San dans son secteur et fit rappeler les hommes. Le problème fut résolu le 3 septembre lorsque le 3e Bureau appela le chef d’Etat-major de la division (col. Ernest V. Holmes) pour lui annoncer qu’il conservait la responsabilité de Ka-San. Holmes envoya alors une compagnie du Génie reprendre le sommet entretemps réoccupé par les Nord-Coréens.
C’est le 8e bataillon de Génie de Combat du ltc William C. Holley, désormais rattaché au 8e RI du col. Raymond D. Palmer, qui devait reprendre la position. Palmer exposa son plan : La Cie D du Génie (lt John T. Kennedy) devait mener l’assaut, suivie par la Cie E du 8e RI. Une fois la crête sécurisée, la Cie D redescendrait dans la vallée. Heureusement, la plupart des hommes de la Cie D étaient des vétérans de la 2e guerre mondiale.
Le 4 septembre au matin la Cie D se mit en route. Elle n’emporta avec elle ni rations ni eau puisque la Cie E devait en amener par la suite. La rumeur voulait qu’environ 75 hommes désorganisés tiennent Ka-San. C’est en fait le 2/2e RI (1e DI) qui en occupait le sommet.
Vers midi, la compagnie commença son attaque, suivant une piste de la pente Sud. Le 1er peloton était en tête, en colonne par un, suivi par les 2e et 3e pelotons.
Après 1,5km de marche, une mitrailleuse en provenance du flanc droit occasionna plusieurs pertes avant d’être réduite au silence par le 3e peloton. Un peu plus loin, une autre mitrailleuse ralentit la progression avant d’être détruite par un tir d’artillerie bien ajusté. Plus loin encore, des tirs de mortiers tuèrent 2 hommes et en blessèrent une dizaine d’autres. Ce n’est que vers 17h00 que le 2e peloton parvint le premier au sommet, précisément sur la pointe sud, la côte 755.
Le lt Kennedy plaça rapidement ses 90 hommes en position de défense, suivant un arc Ouest/Nord-Est : Le 2e peloton sur le flanc gauche, près du mur de pierres, le 1er peloton au centre, sur un repli boisé, le 3e peloton sur le flanc droit, à l’orée d’un petit bois.
En arrivant au sommet le s/lt Thomas T. Jones, en charge du 3e peloton, vit et entendit 3 mortiers tirer à environ 1000m sur la droite (Est). Il suggéra au lt Kennedy d’appeler un tir d’artillerie dessus mais ce dernier refusa. Jones réunit ses chefs de sections pour leur préciser les positions qu’ils devaient prendre et discuta quelques minutes avec Kennedy. Lorsqu’il rejoignit sa 3e section, Jones apprit que les 2 autres avaient continué plus avant. Il reçut alors un appel radio de l’une d’elles lui signalant le déplacement d’une dizaine de Nord-Coréens très bien camouflés, probablement la section de protection des mortiers. Jones se dit qu’il ferait mieux de rameuter ses 2 sections pour former une ligne de défense plus solide. Pensant ne s’absenter que quelques minutes, il partit les chercher en laissant derrière lui son poste de radio SCR-300, ce qu’il admettra avoir été une énorme erreur. Il trouva une des sections mais la seconde, plus en avant, n’était pas visible. Alors qu’il attendait que le messager qu’il avait envoyé la ramène, les Nord-Coréens attaquèrent le reste de la compagnie derrière lui. D’après les tirs et les cris qu’il pouvait entendre, Jones estima que l’ennemi avait totalement envahi le petit bois qui le séparait de la Cie D. Lui et les 8 hommes qui l’accompagnaient se retranchèrent dans un ravin situé sur la gauche. Incapables de communiquer avec le reste des troupes, les 9 hommes seront capturés le 10 septembre en tentant de franchir les lignes ennemies. La 3e section parviendra à rejoindre le reste de la Cie dans la soirée et une partie de la section la plus avancée un peu plus tard. Ceci explique comment, exceptée la 3e section, le 3e peloton se retrouva hors de combat dès son arrivée au sommet de la côte 755, sans que le lt Kennedy ne le sache sur le moment.

Positions de la Cie D (8e Génie de Combat) sur la côte 755
Une demi-heure après que la Cie D ait atteint le sommet de la côte 755, une force ennemie estimée à un bataillon se lança à l’attaque en provenance de la côte 902. L’assaut principal frappa le 2e peloton de plein fouet. Protégé en partie par l’ancien mur de Ka-San et 2 mitrailleuses à peine mises en batterie, le peloton parvint à contenir les Nord-Coréens au prix d’un tué et de 3 blessés. Kennedy envoya une patrouille à la position supposée du 3e peloton. La patrouille ne revint qu’avec des lance-roquettes et 2 mitrailleuses légères.
Durant la pluvieuse nuit du 5 septembre, la Cie fut harcelée par des tirs de mortiers et plusieurs coups de sonde à l’arme légère. Au petit matin, dans la brume froide, les Nord-Coréens lancèrent une nouvelle attaque, repoussée, mais qui causa plusieurs pertes aux hommes du Génie. Les soldats commençaient à manquer de munitions et 3 C-47 arrivèrent pour larguer du ravitaillement. Kennedy fit mettre en place les panneaux d’identification orange avant de s’apercevoir que les Nord-Coréens faisaient de même. Les avions firent plusieurs tours avant de livrer leur cargaison à l’ennemi. Immédiatement après 2 F-51 arrivèrent à leur tour et attaquèrent la Cie D. Les chasseurs larguèrent 2 bombes au napalm à l’intérieur du périmètre tenu par leurs camarades, l’une d’entre elles n’explosant pas et la seconde ne causant par miracle aucune victime. Là encore par un heureux coup du hasard, le mitraillage auquel se livrèrent les 2 chasseurs ne causa aucun perte.
Peu après, le lt Kennedy était touché par des tirs ennemis.
Une succession de changement d’officiers avait considérablement retardé la Cie E la veille. Le premier fut remplacé après avoir renoncé à avancer du fait de tirs de mortiers sur la piste, le second cassa ses lunettes avant d’être blessé à la jambe. Menée par un troisième officier à partir de 20h00, la Cie fut stoppée à 500m du sommet peu avant l’aube. C’étaient des « renforts » bien fatigués et démoralisés qui venaient soutenir leurs camarades du Génie.
Entre 10 et 11h00 la patrouille la plus avancée de E/8e déboucha sur la côte 755. Elle se positionna à droite du 2e peloton et Kennedy transféra le commandement des 2 unités au commandant de la Cie E. Il rassembla ensuite une douzaine de blessés et entreprit de descendre la colline, la plupart du temps sous la menace de tirs d’armes légères. Une tentative de ravitaillement par porteur entamée le matin même par cette voie avait été abandonnée suite aux nombreuses pertes subies.
Peu après que l’avant-garde d’E/8 ait rejoint le 2e peloton, les Nord-Coréens attaquèrent de nouveau. Sans autre soutien lourd, le sergent Vandygriff (en charge du 2e peloton depuis l’évacuation de son officier supérieur la veille pour blessure) s’empara d’un lance-roquettes et tira sur la masse ennemie. Imaginant probablement qu’il s’agissait de tirs de mortiers ou de 75mm sans recul, les assaillants stoppèrent net leur assaut. Vandygriff fit alors récupérer toutes les armes et munitions possibles sur les corps des Nord-Coréens tombés devant sa ligne ce qui permit de rassembler une quarantaine d’armes légères et quelques grenades.
A 13h30 le général Gay, convaincu qu’il n’avait pas assez de ressources pour sécuriser et tenir la position et que l’APC avait pas assez de munitions d’artillerie pour véritablement exploiter Ka-San comme point d’observation, ordonna au 8e RI de retirer ses hommes. Il n’est pas certain que cet ordre soit parvenu à qui que ce soit sur la colline. En tout état de cause le ltc Holley ne put joindre personne de sa compagnie.
La pluie s’était de nouveau mise à tomber et un épais brouillard couvrait le sommet. On n’y voyait pas à plus de quelques mètres. Le 2e peloton fut de nouveau attaqué. Vandygriff fut surpris de voir un homme touché au cou qu’il avait envoyé se faire soigner au PC de Cie revenir trente minutes plus tard. En état de choc, le soldat lui apprit qu’il n’y avait plus de PC, que des cadavres ennemis. Vandygriff interrogea le sergent en charge de la patrouille de E/8 sur ses intentions : il comptait décrocher au plus tôt. Le 2e peloton essuyait à cet instant des tirs en provenance d’à peu près toutes les directions et Vandygriff décida qu’il n’avait d’autre choix que celui de faire de même. Il fit mettre ses hommes en V et quitta la côte 755 par le chemin emprunté la veille.
Les rescapés rejoignirent la base de la colline par groupes, chacun pensant être le dernier paquet de survivants et faisant un récit contradictoire des évènements. Quand toute la Cie D fut enfin rassemblée Holley put faire le bilan : Il avait perdu 50% de ses hommes (18 blessés, 30 disparus).
Au soir du 5 septembre Ka-San était tenue par 5 bataillons (1500 hommes). Les 1e et 13e DI nord-coréennes étaient désormais prêtes à pousser leur avantage sur Taegu.
Le lendemain l’APC établit un barrage à 5km au sud de Tabu-Dong et d’autres unités occupèrent la côte 570, surplombant le flanc droit de la route de Taegu à 3km au S-E de Ka-San. Cinq tanks de la 16e Cie de reconnaissance soutenue par l’infanterie mit plusieurs heures à nettoyer le barrage et les hauteurs avoisinantes.
Le 7 septembre, l’artillerie ennemie s’acharna sur les 9e et 99e bataillons d’Artillerie de Campagne, forçant 2 batteries à se déplacer. L’artillerie et l’aviation répondirent en bombardant massivement Ka-San et la côte 570. Malgré cela, la 1e DicCav recula d’à peu près toutes ses positions durant la journée.
Au matin du 8 septembre le ltc Harold K. Johnson, commandant le 3/8e RI, tenta de chasser l’ennemi de la côte 570. Les 3 pics de la masse montagneuse étaient sous les nuages, rendant tout soutien aérien ou d’artillerie impossible. Johnson envoya chacune de ses compagnies de fusiliers prendre chacun des pics. Deux entre elle purent s’emparer de leur objectif, la première ne rencontrant que peu d’opposition, la seconde surprenant les Nord-Coréens endormis. Plusieurs contre-attaques de l’ennemi lui permettront cependant de reprendre ce second sommet.
Le troisième et plus haut pic, la côte 570, rassemblait la majorité des défenseurs qui s’opposa fermement à sa prise par les Cie I et L. Le commandant de la Cie I, l’officier exécutif de la L et plusieurs sous-officiers furent d’ailleurs tués durant l’assaut. Le 2e bureau de la 8e Armée estima qu’un millier d’hommes environ tenaient la position.
Devant les menaces ennemies contre les côtes 314 et 660, au sud et à l’est de la 570, la 1e DivCav annula une poursuite de l’attaque par le 3/7.
Au cœur de la tension provoquée par la poussée de l’APC vers Taegu, une autre crise s’ajouta : le manque de munitions, plus particulièrement celles de l’artillerie, conduisant au rationnement de toutes les batteries engagées.
La 1e DI nord-coréenne commença à passer dans le secteur de la 1e DI sud-coréenne, sur le flanc droit de la 1e DivCav. Les 1200 hommes de son 2e RI s’avancèrent à 10km à l’Est de Ka-San, au sommet du P’algong-San, culminant à 1300m de hauteur, qu’il atteignit le 10 septembre. Une charge menée contre les positions de l’ARC fut vigoureusement repoussée et lui coûta de très de nombreuses pertes.
La 1e DivCav avait à cet instant massé la plupart de ses unités combattantes sur son flanc droit : Le 3/7, rattaché au 8e RI, se trouvait derrière ce dernier, sur les côtes 181 et 182 en travers de la route de Tabu-Dong. Le reste du 7e RI se trouvait dans la vallée de la rivière Kumho entre l’ennemi et l’aéroport de Taegu. Le 5e RI était positionné sur les hauteurs coupant la route de Waegwan. Le 8e bataillon de Génie de combat était quant à lui chargé de protéger un pont sur la Kumho, près de sa jonction avec le Naktong à l’Est de Taegu.
D. La côte 314
Pendant que le 3/8 tentait vainement un nouvel assaut contre la côte 570 le 11 septembre, l’APC s’empara d’une partie de la côte 314, à 3km au S-E et bien plus proche de Taegu. Il s’avère que les 2 masses rocheuses sont adjacentes au niveau du plus bas de leurs pentes et à portée d’armes légères entre elles. Les Nord-Coréens repoussèrent la 16e Cie de Reconnaissance du sommet et c’est le 5e bataillon d’entraînement sud-coréen, amené d’urgence en soutien depuis Taegu qui les empêcha de prendre le contrôle total de la position en en conservant la contre-pente. Lorsque le 3/8, abandonnant la côte 570, vint en renfort, les Sud-Coréens s’étaient déjà par 2 fois emparés du sommet mais n’avaient pu le conserver et s’étaient enterrés sur la pente sud.
Le 12 septembre, alors qu’il s’apprêtait à passer à travers le 3/8 pour reprendre la côte 314, le 3/7 dut temporairement interrompre ses préparatifs pour repousser quelques unités infiltrées au niveau de son poste de commandement. A cette date, sans compter les échelons arrières, le 3/7 du ltc James H. Lynch comptait 535 hommes. Du fait du manque de munitions d’artillerie, seule une préparation de l’Air Force eut lieu avant l’assaut.
A 11h00, la Cie L sur la gauche et la I sur la droite, le 3/7 se lança à l’attaque. Durant les 500 premiers mètres, les soldats ne rencontrèrent que quelques tirs sporadiques d’armes légères et de mitrailleuses. Passée cette distance, des tirs de mortiers pré-réglés clouèrent les hommes au sol. Sur la gauche la Cie L vit environ 400 hommes se préparer à une contre-attaque. Le cpt Robert W. Walker demanda par radio un soutien aérien mais les avions refaisaient alors le plein et ne pouvaient intervenir. Soutenus par l’artillerie et les mortiers, elle put cependant repousser l’assaut. A 14h00, l’Air Force apparut dans le ciel et bombarda le sommet et la pente nord de la côte 314.
A cette heure, les tirs de mortiers ennemis avaient déjà causé plusieurs pertes et les 2 compagnies s’étaient mélangées mais au contraire du fiasco de la côte 518, le 3/7 réagit avec mordant, sous l’impulsion de ses officiers et sous officiers, dont plusieurs seront tués ou blessés.
Quinze minutes après le bombardement aérien, le bataillon repartit à l’assaut. Alors que les Américains s’approchaient du sommet, les Nord-Coréens sortirent de leurs positions et se lancèrent dans une violente contre-attaque. Par 2 fois le sommet fut atteint mais dut être abandonné sous les tirs de mortiers et mitrailleuses ennemis. La troisième fois, un groupe d’hommes et 2 compagnies mené par le cpt. Walker parvint à déborder l’ennemi. Walker assura le commandement des survivants des 2 unités, soit environ 80 hommes en tout et sécurisa la position en milieu d’après-midi. La Cie I avait perdu la totalité de ses officiers. Durant les 2 premières heures de combat, le 3/7 avait perdu 229 hommes dont 38 tués et 167 blessés (les autres pertes étant des soldats Sud-Coréens rattachés). 80% des pertes étaient dues au tirs de mortiers.
Le 3/7 gardera la position durant 6 jours, dénombrant 200 cadavres ennemis et récupérant de grandes quantités de matériels et de munitions, dont beaucoup de matériel américain !
Plusieurs cas d’assassinats et d’actes de cruautés seront reportés par la suite : Le 12 septembre, un cadavre d’officier US sera retrouvé ligoté et brûlé vif. Deux jours plus tard, 4 cadavres de soldats seront à leur tour retrouvés. Ils auraient été passés au fil de la baïonnette alors qu’ils étaient pieds et poings liés.
Après la prise de la côte 314, la situation au nord de Taegu s’améliora nettement. Le 14 septembre le 2/8 partit à l’attaque et, soutenu par le 3/7 depuis 314, parvint à reprendre une partie de la côte 570 au 19e RI de la 13e DI de l’APC.
Dans le même temps, la 1e DI de l’ARC contre-attaquait elle aussi et progressait en direction de Ka-San. Le 11e RI et une partie du 15e atteignirent la côte 755 au soir du 14 septembre. De furieux combats eurent lieu toute la nuit et dans la journée du 15.
Le même jour, le 8e RI se battait encore. Pour prendre la côte 570 et chasser l’APC de la côte 401, à la jonction entre ce régiment et le 5e.
Mais à cette heure le vent avait tourné pour l’APC et le gros du IIe Corps battait progressivement en retraite.
Sources :
- Roy E. Appleman : South to the Naktong, North to the Yalu / Center for Military Research
Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Sam 29 Déc - 16:52 (2007)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    Le bataillon Français de l'ONU en Corée. 1950-1953. French Battalion in the Korean War Index du Forum -> LE BATAILLON FRANÇAIS DE L'ONU EN COREE. -> HISTOIRE, BIBLIOGRAPHIE ET REVUE DE PRESSE -> Histoire de la Guerre de Corée (Hors BF/ONU) Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | créer son forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com